POLITIQUE

Publié le 25 septembre 2022

Crédit vidéo : Arte

Source : https://arte.tv/

Langage politique : cette démonstration implacable de Franck Lepage bluffe tout le plateau

Franck Lepage intervenait lors de l'émission « 28 minutes » diffusée le vendredi 3 février 2012 sur Arte.

« Il n'y a pas seulement prolifération, il y a une stratégie »

Élisabeth Quin : « Franck Lepage, qui est à côté de vous, donc, qui a créé ces ateliers, entre autres de " désintoxication de la langue de bois ". Vous, vous dites : que se passe-t-il dans nos têtes quand on appelle un licenciement collectif " un plan de sauvegarde de l'emploi ", la fragilisation, " la flexi-sécurité ". Voilà, là, on est vraiment dans l'exemple type de la langue de bois. Et je crois même que vous allez faire une démonstration, empirique, à l'instant, tout de suite, avec vos fiches. » Franck Lepage : « À la demande générale. Mais, si vous voulez, il n'y a pas seulement prolifération, il y a une stratégie. » Élisabeth Quin : « Derrière la langue de bois ? » Franck Lepage : « Mais bien sûr, il y a des équipes qui travaillent. Je ne suis pas dans le secret, il faudrait poser la question aux communicants de l'Élysée, mais enfin, quand les journalistes doivent parler de croissance négative et ne jamais citer le terme de récession, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on en rigole ? Et s'ils pensent à ça, est-ce que c'est parce qu'ils savent que ça produit des effets ? Et évidemment, ça produit des effets, parce que la croissance négative, c'est magique, c'est toujours de la croissance, c'est juste qu'elle est négative, c'est formidable, d'accord ? Ce n'est pas une récession. »

« Orwell raconte, on enlève mauvais, on garde bon »

Franck Lepage : « Je veux dire, on pourrait passer " les frappes chirurgicales ", " les dégâts collatéraux "... J'ai rencontré dernièrement un monsieur, il vient de se faire " décruter ". Il ne s'est pas fait licencier, il ne s'est pas fait virer, il s'est fait " décruter ". » Élisabeth Quin : « Mais c'est complètement orwellien. La bonté, le contraire de la bonté, il n'y avait pas la méchanceté, il y avait la imbonté. » Franck Lepage : « Voilà, Orwell raconte, on enlève mauvais, on garde bon, exactement dans cette manipulation de langage. Alors, effectivement, la question c'est : est-ce que c'est grave, est-ce que ce n'est pas grave ? On ne tranchera pas en 28 minutes. » Élisabeth Quin : « Alors ? » Franck Lepage : « Alors je vous ai effectivement amené seize mots qui ne veulent strictement rien dire, mais qui ont l'air de dire quelque chose. C'est-à-dire, ça produit des effets de sens. Et donc je vous propose ici peut-être qu'on organise un petit débat entre nous. Donc, vous êtes d'accord, vous me faites confiance, ils sont battus. Et donc, moi je souhaiterais dans le cadre de ce débat sur Arte, revenir sur une notion qui, vous m'en donnerez quitus, me paraît essentielle. Et c'est la question du contrat, que je voudrais mettre en rapport avec cette autre question qui est celle du développement. Pourquoi penser aujourd'hui les logiques de développement dans l'esprit d'un contrat ? Mais pour une raison au fond assez simple. »

« Seize cartes battues de manière complètement aléatoire »

Franck Lepage : « C'est que dans l'espace désormais incontournable du local, il nous faut inventer des partenariats qui soient, avec les acteurs, des partenariats qui soient garants de la démocratie, c'est-à-dire qui installent, qui assoient, je dirais, cette démocratie sur un véritable diagnostic partagé qui relève le défi de la décentralisation en prenant en compte la question du lien social. La question du lien social à l'heure de la mondialisation, excusez-moi de vous le dire, elle est bien mal en point. Mais elle est mal en point, pourquoi ? Parce que la question du lien social, aujourd'hui, c'est dans la proximité qu'il faut la relever. Et dans la proximité, la question du lien social et de la mondialisation, c'est tout simplement la question interculturelle. Alors moi, je pense que ce beau vocable de citoyenneté aujourd'hui, nous devons l'appliquer aux habitants eux-mêmes et, avec les habitants, mettre en place des logiques de participation et au fond, pour un homme politique ou pour une nation tout entière, quel plus beau, quel plus magnifique projet ! » Élisabeth Quin : « Bravo ! Seize cartes battues de manière complètement aléatoire. » Franck Lepage : « Alors, évidemment, on pourrait, si on devait débattre entre nous, je vous demanderais de me poser des questions. »

« Démonstration implacable »

Franck Lepage : « Donc François Rollin, vous voulez prendre deux mots ? » François Rollin : « Oui, volontiers. » Franck Lepage : « Et puis vous me bricolez une question avec ça. Enfin, vous faites une phrase, ça va le faire. » François Rollin : « Oui, bien sûr, vous avez évoqué très rapidement le partenariat, mais dans le cadre de la mondialisation, vous ne l'avez pas resitué précisément ? » Franck Lepage : « C'est la question centrale. Moi, je suis très heureux que vous m'ayez posé cette question, parce qu'effectivement c'est la question centrale. Alors, j'ai bien une idée sur la réponse, mais je préférerais que ce soit Christian qui vous réponde. Alors, est-ce que vous voulez tirer deux papiers pour faire une réponse à François Rollin ? » Franck Lepage : « Cette fois-ci, c'est une réponse que vous faites. Il pose effectivement la question, qui est une question très complexe. » François Rollin : « Et je ne le laisserai pas m'esquiver. » Christian : « Je ne suis pas sûr d'avoir bien retenu la.... » Élisabeth Quin : « Mais ça n'a aucune importance, vous avez bien compris. » Christian : « Mais moi, ma véritable solution, ce serait un vrai contrat de participation. » Franck Lepage : « Je ne l'aurais pas mieux dit. » Élisabeth Quin : « Eh ben voilà ! Démonstration implacable. »

« Ça s'appelle des effets de sens »

Franck Lepage : « Si vous voulez, ça s'appelle des effets de sens. Et en fait, le problème, et après, ça va être sûrement à vous d'en dire... » Élisabeth Quin : « Vous faites mon boulot, là ? Vous êtes en train de faire mon boulot, en plus ! » Franck Lepage : « C'est vrai. Et je dirai juste ça, c'est que cette langue, on ne l'utilise pas dans la vie courante, vous êtes d'accord ? Quand vous invitez des amis, vous ne leur proposez pas de venir faire une séance de lien social, d'accord ? Donc c'est une langue qui détermine nos relations institutionnelles, nos relations à des institutions, nos relations professionnelles, toute la folie du management, les collaborateurs... Et puis, évidemment, la langue politique. Mais on pense toujours trop souvent que à celle-là. Je veux dire, la langue politique, c'est l'homme politique à la télé, etc. Mais je veux dire, dans le monde de l'entreprise, ce langage est en train de détruire jusqu'aux métiers, et donc, est en train de détruire le syndicalisme. » Élisabeth Quin : « Vous vous rappelez du " référentiel bondissant " ? » Franck Lepage : « Oui. » Élisabeth Quin : « Donc l'entreprise, la vie politique, mais l'Éducation nationale. »


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