POLITIQUE

Publié le 07 juin 2021

Crédit vidéo : RT France

Source : https://francais.rt.com/

Macron et l'exécutif dépensent des sommes folles pour scruter l'avis des Français ?

Le journaliste David Khalifa passe en revue l'enquête du journal «L'Obs» concernant les dépenses de l'exécutif en matière d'enquêtes d'opinion. Une vidéo diffusée sur RT France ce samedi 5 juin 2021.

«14 millions d'euros étaient prévus, 28 ont été dépensés»

David Khalifa: «"Le quoi qu'il en coûte" cher à Emmanuel Macron, ce n'est pas nouveau, du moins lorsqu'il est question de chouchouter le gouvernement. En effet, dès qu'il faut se montrer convaincant vis-à-vis des Français, il semblerait que l'exécutif n'hésite pas à dépenser sans compter. Avec des sondages, des études ou encore des baromètres en tout genre à la clé. Nos confrères de L'Obs ont mené une enquête minutieuse et les sommes dépensées pour soigner l'image de l'exécutif et mettre ses actions en valeur donnent le tournis. Le budget du service d'information du gouvernement (le SIG), organe chapeauté par Matignon et en charge de toute enquête d'opinion pour le gouvernement, a doublé pour la seule année 2020. C'est simple: 14 millions d'euros étaient prévus, 28 ont été dépensés. Crise sanitaire oblige, l'avis des Français était particulièrement scruté, notamment juste avant et pendant le premier confinement, si bien que, selon les calculs du magazine, un sondage a été commandé toutes les 40 heures entre début mars et fin avril.»

«Depuis 2017, Matignon a signé pour environ 3,5 millions d'euros de contrats»

Marie-Christine Dalloz (Députée): «C'est une somme hors de proportion. C'est à se demander si les annonces faites chaque semaine lors des conférences de presse d'Olivier Véran n'étaient pas autant dictées par les sondages que par des considérations sanitaires.» David Khalifa: «Alors oui, aux grands maux les grands remèdes, c'est comme ça que l'Elysée a justifié cette somme dépensée. Mais bon, avec de telles sommes, on se dit que le Covid a bon dos. Car ces dépenses ne concernent pas que la crise sanitaire en cours. Depuis 2017, dès que l'exécutif souhaite mettre en marche ses réformes, on peut constater que les commandes de sondages et d'études augmentent. A titre d'exemple, vingt études commandées en deux mois par Matignon pour la réforme de la SNCF en avril 2018, sept en 20 jours pour la réforme des retraites fin 2019. Et, vous vous en doutez, tout cela n'est pas gratuit, loin de là. C'est d'autant plus onéreux que les sondages d'opinion ne sont pas les seuls outils utilisés pour prendre le pouls des Français. En effet, il faut aussi compter sur la surveillance des réseaux sociaux. Pour tout contrôler, entre guillemets, le SIG a signé des contrats faramineux avec des sociétés dont la vocation est d'analyser ces échanges numériques publics. Visibrain est l'une d'elles. Depuis 2017, Matignon a signé pour environ 3,5 millions d'euros de contrats avec cette entreprise. Voici pourquoi une telle sommes.»

«Le gouvernement met les bouchées doubles»

Emeric Guisset (Analyste politique): «Il y a eu un changement de paradigme avec les réseaux sociaux. L'agenda médiatique maintenant est aussi dicté par le bas, par les réseaux sociaux, par des mouvements d'opinion qui peuvent intervenir par des réseaux sociaux, par des sites internet, par des déclarations de personnes qui sont beaucoup moins institutionnelles. Surtout, je pense que c'est surtout ça l'enjeu pour Emmanuel Macron: éviter un phénomène Gilets jaunes 2. Ne pas être en capacité de voir une révolte du peuple se construire petit à petit, et finalement être en capacité de sentir que, finalement, cette réforme ne va pas passer.» David Khalifa: «Alors, esprit Big Brother, es-tu là? C'est un peu le ressenti quand on voit tout cet argent dépensé pour scruter les Français, ou du moins les comprendre, selon les termes officiels. Connaître l'opinion, c'est une chose, nous convaincre en est une autre et là aussi le gouvernement met les bouchées doubles. Le SIG, encore lui, a conclu en 2018 un accord de quatre ans avec un grand nom du secteur: la société Dentsu Aegis Network. Montant du deal: 300 millions d'euros. La surveillance a un coût, mais c'est visiblement nécessaire pour être au plus proche des Français. Les termes du contrat englobent: conseil en stratégie média, achats d'espaces publicitaires, partenariats, "campagnes d'intérêt général" et "information gouvernementale". Cette dernière expression peut faire tiquer et s'apparenter à de la promotion pour les réformes envisagées par l'exécutif.»

Dans l'intérêt général ou est-ce qu'elles sont faites au détriment du contribuable pour servir les intérêts d'Emmanuel Macron ?

Emeric Guisset (Analyste politique): «Emmanuel Macron est un féru de sondages et d'analyses, et qui en commande davantage que ses prédécesseurs. Et enfin le troisième élément qui peut-être celui qui doit nous inquiéter et nous interroger le plus, c'est: est-ce que ces demandes, ces commandes, ces contrats passés auprès de certaines sociétés sont faites dans l'intérêt général ou est-ce qu'elles sont faites au détriment du contribuable pour servir les intérêts d'Emmanuel Macron et finalement faire de la communication sur ses intérêts propres.» David Khalifa: «Vous l'aurez compris, la communication à outrance est le fer de lance de la politique d'Emmanuel Macron et de son équipe gouvernementale. Sauf que sous ces aspects démocratiques, on peut y voir une stratégie bien plus calculée. Prendre le pouls des Français, pour reprendre l'expression du locataire de l'Elysée en déplacement cette semaine dans le Lot, ne se passe pas dans nos campagnes, mais aussi sur les réseaux sociaux. Et si ce déplacement du locataire, l'Elysée été perçu comme son entrée en campagne en vue de 2022, cette dernière a peut-être eu lieu bien avant...»



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