POLITIQUE

Publié le 20 février 2021

Crédit vidéo : TV5 Monde

Source : http://tv5monde.com/

Natacha Polony dénonce: «On a un roi qui décide tout seul !»

La journaliste Natacha Polony était l'invitée de Patrick Simonin sur le chaine TV5 Monde ce jeudi 18 février 2021.

«On a détruit les contre-pouvoirs»

Natacha Polony: «A partir du moment où vous expliquez aux gens qu'il y a des pans entiers du réel qui échappent à la délibération politique, c'est très simple, ils se disent à quoi cela sert que l'on vote puisque de toute façon, on vote d'un côté, on vote de l'autre, les usines continuent à fermer, on continue à détricoter les droits sociaux. On a tordu petit à petit les institutions de la Cinquième République on a détruit les contre-pouvoirs et on a donc, en effet, un roi tout seul qui décide. Tous les cinq ans, on l'élit, on n'est pas content parce qu'il a fait la même politique que le précédent, forcément. A aucun moment, on a vraiment l'impression d'avoir des élites qui ont conscience que, finalement, elles ne sont que momentanément au service de la collectivité. Or, là, on a une confiscation c'est tout le problème de la démocratie représentative, c'est que nous sommes dans une phase où elle est entièrement confisquée parce qu'il n'y a plus aucun renouvellement des élites, parce que ces élites sont toutes issues de la même classe sociale et donc, à un moment, elles se mettent à défendre leurs intérêts de classe.»

«La lutte des classes existe et nous, les riches, nous sommes en train de la gagner»

Natacha Polony: «Quand vous commencez à justement expliquer, comme je viens de le faire, qu'il y a des élites qui n'ont plus les mêmes intérêts objectifs que les citoyens des pays dans lesquels ils vivent, ce que l'historien américain Christopher Lasch appelait la sécession des élites. Immédiatement, on vous traite de complotiste. On essaye de vous assimiler à ceux qui pensent qu'en effet, il y aurait un complot mondial avec Bill Gates. Ceux qui essayent de nous implanter des puces avec la 5G. Or, non, je veux dire, quand Warren Buffett lui-même déclare la lutte des classes existe et nous, les riches, nous sommes en train de la gagner. Ce n'est pas moi qui l'invente. Donc, il faut essayer d'analyser comment ça se met en place et pourquoi. Et pourquoi depuis 40 ans et bien, le l'OMC, le FMI, toutes les instances internationales ont servi à petit à petit empêcher les citoyens de se faire entendre et de faire valoir que eux demandaient des protections. Tout ça, ce n'est pas du complotisme.»

«Vous avez en permanence une forme de chantage exercé sur le citoyen»

Natacha Polony: «Écoutez le discours de tous ceux qui vous disent c'est formidable la mondialisation depuis 40 ans, ça a permis de sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Oui, d'accord, mais en revanche, ça ne s'est pas fait sur le dos des plus riches. Ça s'est fait sur le dos des classes populaires et des classes moyennes des pays occidentaux. Donc, vous pouvez leur expliquer à ceux-là que ça a permis, en effet, d'améliorer un tout petit peu le sort de certains en Chine, en Inde, d'accord. Mais au nom de quoi c'est payé par non pas les plus favorisés, mais les autres ? Et c'est surtout que quand je dis cela se fait au nom du bien, c'est-à-dire que vous avez en permanence une forme de chantage exercé sur le citoyen. Donc, là, en l'occurrence, l'argument qui consiste à dire ça a permis de faire sortir des gens de la très grande pauvreté. Cela veut dire que si vous n'êtes pas d'accord, c'est que vous êtes un méchant raciste, un égoïste. Vous ne voulez pas que des Chinois sortent de la grande pauvreté. C'est ignoble.»

«La démocratie, on l'accepte quand les gens votent bien»

Natacha Polony: «Ensuite, vous avez eu l'argument environnemental et c'est ça qui a déclenché les gilets jaunes. Vous ne voulez pas de taxe carbone ? Mais vous êtes pour la fin du monde. On dit cela à des gens à qui on a imposé un système. C'est la même chose. Ils n'ont pas demandé à habiter loin de leur lieu de travail. Ils n'ont pas demandé à être dépendants de la voiture. Ils n'ont pas demandé que tous les commerces ferment. C'est un système qui s'est mis en place et on leur explique : c'est de votre faute la fin du monde, vous allez payer. Et maintenant, on est dans ce processus pour les questions sanitaires, c'est-à-dire : si vous n'acceptez pas les restrictions de liberté, si vous n'acceptez pas d'être traité comme un enfant à qui on va dire ce qu'il faut faire et à qui on va déverser une parole verticale, de temps en temps, à la télévision, depuis l'Elysée. Si vous n'acceptez pas ça, c'est que vous êtes pour que des gens meurent. Alors évidemment, la caricature de ça, c'est le traité constitutionnel européen : 55% de non en France et, trois ans plus tard, traité de Lisbonne, qui est la copie conforme. C'est-à-dire que, en gros, la démocratie, on l'accepte quand les gens votent bien.»



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