POLITIQUE

Publié le 23 mars 2021

Crédit vidéo : Canal+

Source : https://canalplus.com/

Parler pour ne rien dire: Clément Viktorovitch épingle la communication gouvernementale

L'analyse de Clément Viktorovitch au sujet de la communication gouvernementale face à la crise sanitaire. Une intervention diffusée dans l'émission «Clique» sur Canal+ ce dimanche 21 mars 2021.

«De grands efforts ont été déployés pour nous préparer à l'idée d'un reconfinement»

Clément Viktorovitch: «C'est fait, seize départements français sont reconfinés depuis ce week-end. Alors moi, je ne vais pas parler de la mesure en tant que telle. Tout le monde semble déjà avoir un avis bien formé sur la question. Ce n'est pas la peine d'y rajouter le mien. En revanche, ce qui m'intéresse, c'est la communication gouvernementale sur cette décision. Toute la semaine, au plus haut niveau de l'État, de grands efforts ont été déployés pour nous préparer à l'idée d'un reconfinement, à commencer par le premier ministre Jean Castex, lui-même. Mardi soir, il était sur BFM TV. Regardez ce qu'il disait.» Jean Castex: «On va voir les mesures qu'il y aura lieu de prendre, mais il me semble en tout cas qu'effectivement, le moment est venu pour envisager des dispositions pour la région francilienne.»

«Cela permet au premier ministre d'éviter d'avoir à nommer et donc à révéler la mesure qui va être décidée»

Clément Viktorovitch: «Alors, " des mesures qu'il y aura lieu de prendre ", " le moment est venu d'envisager des dispositions", tout cela porte un nom en rhétorique. On appelle cela des périphrases. Une périphrase, c'est une figure de style extrêmement simple, cela consiste à utiliser une phrase pour décrire une chose qu'on ne veut pas nommer. Et en l'occurrence, cela permet au premier ministre d'éviter d'avoir à nommer et donc à révéler la mesure qui va être décidée. Et vous allez voir que Jean Castex n'est pas le seul à y avoir eu recours. Toute la semaine, les membres de l'exécutif nous ont distillé leurs éléments de langage, à commencer par le président de la République. Ecoutez ce qu'il disait lundi après-midi.» Emmanuel Macron: «Et donc c'est en fonction de ces évolutions que nous aurons à prendre dans les jours qui viennent, sans doute, de nouvelles décisions.»

«Le président de la République lui-même, qui enfonçait le clou»

Clément Viktorovitch: «Mardi après-midi, c'est Jean Castex qui s'exprimait à l'Assemblée nationale.» Jean Castex: «Compte tenu de la situation actuelle, plus que jamais, nous devons prendre des mesures que la situation impose.» Clément Viktorovitch: «Mercredi matin, c'était au tour de Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement.» Gabriel Attal: «Il a été décidé ce matin en conseil de défense que des mesures supplémentaires seraient prises dans un certain nombre de territoires. Et mercredi après-midi, c'est Emmanuel Macron, le président de la République lui-même, qui enfonçait le clou.» Emmanuel Macron: «Là, c'est vrai que l'on a une accélération qui est en ce moment très forte et je voudrais que l'on en parle et donc simplement vous dire que nous serons là. On continuera de prendre les décisions comme on l'a fait depuis le début, qui sont des décisions pragmatiques, proportionnées, territorialisées, mais qui correspondent à la vie de l'épidémie.»

«Plus personne n'est dupe. Tout le monde le voit comme le nez au milieu de la figure»

Clément Viktorovitch: «En termes de communication plutôt, on retrouve ici une stratégie de communication, une stratégie dont j'ai déjà parlé. En nous distillant l'idée que l'on va sans doute avoir de nouvelles informations sur une probable décision concernant d'hypothétiques mesures de durcissement, l'exécutif cherche à nous rendre cette idée de plus en plus familière et donc de plus en plus acceptable. C'est un biais cognitif, on appelle ça l'effet de simple présentation. Sauf que ce genre de stratégie, et c'est là que ça devient intéressant, repose sur le fonctionnement automatique et inconscient du cerveau. Or, cela fait des mois et des mois et des mois que le gouvernement utilise la même stratégie. Plus personne n'est dupe. Tout le monde le voit comme le nez au milieu de la figure.»

«Ça commence à m'énerver. Ça commence à bien faire»

Clément Viktorovitch: «La stratégie n'est plus du tout inconsciente et elle génère donc l'effet inverse de l'effet recherché. Au lieu de créer de l'acceptation, ce qui serait déjà discutable en soi, au lieu de créer de l'acceptation, elle suscite désormais de l'anticipation et donc de l'angoisse, donc du mal être. Et moi, si je peux être sincère avec vous, deux minutes, ça commence à m'énerver. Ça commence à bien faire. Moi, je suis un peu comme tous les Franciliens, je pense, tout au long de la semaine, j'ai vécu au rythme des non-annonces angoissé devant ma télévision. Ma question est simple, est-ce que l'on avait vraiment besoin de ça ? Est-ce que les Français avaient vraiment besoin de ça ? Ne pourrait-on pas, enfin, considérer les citoyens comme ce qu'ils sont, c'est-à-dire des personnes majeures et responsables ? Et cela impliquerait deux choses pour le gouvernement, deux choses très simples. La première parler quand ils ont quelque chose à annoncer. La deuxième, se taire tant qu'ils n'ont rien à dire.»
 



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