SANTÉ

Publié le 02 juillet 2022

Crédit vidéo : Sud Radio

Source : https://sudradio.fr/

« On joue sur la peur de l'ostracisation » La brillante analyse de Marie-Estelle Dupont sur les mesures de restriction

Marie-Estelle Dupont était l'invitée de l'émission « Bercoff dans tous ses états » diffusée ce mercredi 29 juin 2022 sur Sud Radio.

« La peur de l'ostracisation si vous n'adhérez pas au discours de la peur »

André Bercoff : « Est-ce que c'est du ressort ou pas, de ce que Étienne de La Boétie, il y a cinq siècles ou presque, en 1571, appelait la servitude volontaire ? Est-ce qu'il y a, en fait – et c'est à la psychologue que je m'adresse, à la psychothérapeute –, est-ce qu'il y a quand même en chacun de nous, il y a le " moi toxique ", est-ce qu'il y a un " moi de soumission " ou un instinct de soumission ? » Marie-Estelle Dupont : « Bien sûr. Quand on joue beaucoup sur la peur, on joue sur une autre peur qui n'est plus la peur du danger, mais la peur de l'ostracisation si vous n'adhérez pas au discours de la peur. Et comme tout être humain a un besoin vital, dans la pyramide de Maslow, c'est très bien décrit, qui est un besoin d'appartenance et de reconnaissance, même si l'individu vous dit : " Non, mais je suis d'accord que ça ne sert à rien. Je suis d'accord que c'est inutile. Je suis d'accord que c'est démesuré. Je suis d'accord que c'est disproportionné. Mais... " Et le " mais ", c'est : " Je ne peux pas me permettre d'être marginalisé, en fait. Je n'ai pas la force interne. " Et on n'est pas tout-puissant et personne ne juge personne ici. »

« Ça fait monter un petit climat anxiogène »

Marie-Estelle Dupont : « C'est la question de la force morale de l'individu. Va-t-il pouvoir tolérer d'être marginalisé, alors qu'il a un besoin humain fondamental d'appartenir à un groupe ? » André Bercoff : « Brigitte Bourguignon exhorte les Français, sans que ce soit obligatoire, à remettre le masque dans les transports. Pour vous, c'est quoi ? C'est un signal à bas bruit, à haut bruit, de : " Allez, attention, ce n'est pas fini, au contraire, ça revient. " Ça traduit quoi, je veux dire ? De dire aujourd'hui : " Écoutez, le masque, allez, il est temps de le remettre dans les transports, je ne vous y oblige pas, il n'y aura pas de loi là-dessus, mais enfin, quand même, je vous le recommande très fortement. " » Marie-Estelle Dupont : « Bah, c'est-à-dire qu'il y a un très léger changement dans la communication. On va arrêter d'être dans l'injonction directe. On va être dans la recommandation, parce que " nous vous faisons confiance pour être responsables ", en fait. Ça essaie d'induire : " Faites-nous confiance puisque vous voyez, nous vous responsabilisons, nous ne sommes plus dans l'injonction. " Mais évidemment, au passage, ça fait monter un petit climat anxiogène. Ça revient, ça revient, ça revient. Et je pense qu'il faut lire tout ce qui se passe aujourd'hui à la lumière de la scène traumatique de départ qui est le confinement. Le 16 mars, enfin, à l'échelle planétaire, le moment du confinement, c'est la scène traumatique, originelle. »

« Ça s'appelle déplacer la fenêtre d'Overton »

André Bercoff : « 16 mars 2020, date historique. » Marie-Estelle Dupont : « C'est-à-dire que le confinement, et toutes les études le montrent aujourd'hui à l'international, ça a créé des traumatismes et des dégâts psychologiques et physiques absolument abominables. Depuis le confinement, d'ailleurs, il y a une augmentation de la violence, parce que certains jeunes qui ont été enfermés sont devenus des lions en cage. Donc le confinement a créé des dégâts psychologiques et physiques énormes. Donc il y a un consensus sur " plus jamais ça ". Le problème, c'est qu'au nom du " plus jamais ça ", certains disent : " Bah oui, mais ça, c'est mieux, parce que sinon on serait confiné. " C'est la logique du traumatisme. C'est l'enfant qui a été enfermé dans un placard, battu, séquestré, humilié, qui va prendre un conjoint violent, mais qui va vous dire : " Bah non, il n'est pas violent. " Parce qu'en fait sa norme de référence est tellement élevée dans la violence psychique que si c'est un tout petit peu moins violent, c'est complètement acceptable. Ça s'appelle déplacer la fenêtre d'Overton, en fait. »

« Dans ce raisonnement, on est dans un bocal, on tourne en rond »

André Bercoff : « C'est extraordinaire parce que, juste, vous savez, le type qui se tape, qui a un seau sur la tête et qui se tape avec un bâton. Il se tape et on lui dit : " Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu vas pas arrêter ? Mais tu fais ça pourquoi ? " Et il dit : " C'est tellement bien quand ça s'arrête. " » Marie-Estelle Dupont : « Et ça, c'est des mécanismes neurobiologiques qui sont réels. C'est-à-dire que, par exemple, vous voyez, j'ai des patients qui ont vécu dans des environnements familiaux où il y avait énormément de violence entre les parents qui me disent aujourd'hui : " Pour m'endormir, j'ai besoin d'entendre un film où il y a un couple qui se dispute. " C'est-à-dire que le cerveau a associé ce qui est familier, donc rassurant, à la violence psychique. Et comme le confinement est la scène traumatique, il y a " plus jamais ça ". Et le mécanisme du " plus jamais ça ", il est très dangereux, parce qu'on est prêt à accepter n'importe quoi au nom de " plus jamais ça ". » André Bercoff : « Oui, sauf qu'on ne va pas aller reconfirmer, mais j'entends bien ce que vous dites. On en reparle tout de suite. » Marie-Estelle Dupont : « Non, mais le passe par exemple. Le passe, sinon tu vas être confiné. Et donc dans ce raisonnement, on est dans un bocal, on tourne en rond. »



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