SANTÉ

Publié le 27 mars 2021

Crédit vidéo : LCI

Source : https://lci.fr/

Choquée par son discours sur le confinement, une psychologue recadre un professeur sur LCI

La psychologue Marie-Estelle Dupont était l'invitée de l'émission «Brunet Direct» diffusée sur LCI ce vendredi 26 mars 2021.

«Enfermer des gens bien portants, ce n'est pas un remède !»

Eric Brunet: «Est-ce que vous faites partie de ceux qui souhaitent aujourd'hui que, pour des raisons sanitaires, on reconfine version mars 2020 ?» Pr Yves Cohen: «Sur le plan sanitaire, nous, nous partons pour des semaines devant nous parce qu'on n'a vraiment pas compris, on peut dire ce que l'on veut, mais on n'a pas compris du tout ce confinement qui a été annoncé jeudi dernier, qui est totalement illisible. Et on sait que le jour où on décidera d'un confinement complet, on aura encore trois semaines d'entrants en réanimation. Donc, nous, on appelle fortement à un confinement réel, comme ce qui est passé en avril et mars 2020.» Marie-Estelle Dupont (Psychologue): «Mais moi, je ne comprends pas comment un médecin peut soutenir cela avec tout le respect que j'ai pour vous, monsieur, et pour le travail que vous accomplissez. Comment, éthiquement, vous pouvez en 2021, au bout d'un an, penser que, enfermer de force des gens qui ne sont pas malades n'a pas un rapport bénéfices/risques absolument tragique ? Ce que vous devez demander, et ce pourquoi vous devez combattre, parce que vous êtes des héros maltraités depuis 30 ans à l'hôpital, j'en ai été témoin, c'est que l'on change la structure de l'hôpital, qu'il y ait moins d'administratif, que les soignants ne soient pas en burn out, qu'ils ne soient pas payés au lance-pierre et que les patients puissent être accompagnés de façon correcte, ce n'est pas qu'on enferme des gens bien portants, ce n'est pas un remède ! Vous avez prêté serment pour d'abord ne pas nuire. On ne peut pas argumenter pour un confinement surtout que si c'était vraiment efficace, on n'en serait pas au troisième. Cela rend les gens fous ! En psychatrie, c'est terrible ce que l'on voit, monsieur. On a eu trois défenestration en dix jours à Robert-Debré, en pédopsychiatrie, chez une population de 7-11 ans. A 7-11 ans, on ne se suicide pas, monsieur, on joue aux Pokémon.»

«Il faut changer la réa, il faut augmenter les lits»

Pr Yves Cohen: «Très bien. Et bien, écoutez, je vais vous dire une chose, venez en réanimation voir comment ça se passe.» Marie-Estelle Dupont: «Oui, mais c'est toujours votre argument. C'est pour ça que je vous dis qu'il faut changer la réa, il faut augmenter les lits.» Pr Yves Cohen: «Non, mais il faut changer la réa, je suis d'accord.» Marie-Estelle Dupont: «On ne peut pas prendre en otage des gens bien portants et les rendre malade, vos confrères vont avoir beaucoup trop de travail en psychiatrie.» Pr Yves Cohen: «Ecoutez-moi. Ce que vous proposez, vous, c'est une politique de fond de l'hôpital. Evidemment, que l'on ne peut être que d'accord sur cela mais ça, ça va prendre du temps. Nous, ce que l'on veut, c'est un cofinement fort parce que l'on ne veut plus avoir de patients en réanimation. Moi, j'ai perdu avant-hier un patient de 34 ans, je suis désolé mais vous dites que c'est terrible, c'est difficile, sur un plan psychologique, c'est difficile mais quand on perd des patients à 34 ans et bien, on se pose des questions. Donc ce qu'il faut pour nous, c'est un confinement fort avec la vaccination qui monte. Et là, on pourra en venir à bout. On n'avait pas la vaccination il y a un an, d'accord ? Donc, tous les jours, tous les jours, on a des entrants en réanimation. 30 % de ces entrants-là, on sait qu'ils vont décéder. Alors je veux bien que sur le plan psychologique, ça va être difficile, qu'on va avoir des dépressions, qu'on peut avoir des suicides. Mais nous, ce que l'on voit, c'est que l'on va avoir tout de suite des décès.»

«On ne peut pas empêcher les jeunes de vivre»

Marie-Estelle Dupont: «Donc, pour vous, rendre tout le monde malade est une solution soutenable ? C'est défendable de rendre toute la population malade d'autre chose ?» Pr Yves Cohen: «Alors, on ne doit pas avoir la même définition de malade.» Marie-Estelle Dupont: «Et bien venez dans mon cabinet, monsieur.» Pr Yves Cohen: «Écoutez, avec plaisir et venez en réanimation, venez voir.» Marie-Estelle Dupont: «Venez dans mon cabinet. Enfin, les femmes battues, les enfants victimes d'inceste, les handicapés qui 'nont plus de travail, on ne peut pas dire que c'est une solution efficace. On ne peut pas se satisfaire de proposer un confinement. Ce n'est pas contre vous que j'en ai, c'est contre cette alternance permanente de confinement ou mort, comme si le fait qu'il y ait des morts justifiait de rendre les autres malades. Non, ça justifie de réformer d'urgence l'hôpital et en attendant, de réquisitionner, puisqu'on est en guerre, les cliniques privées. On a des moyens.» Eric Brunet: «Elles sont entrées dans la danse les cliniques privées.» Marie-Estelle Dupont: «On paye tellement d'impôts. On ne peut pas empêcher les jeunes de vivre, dire aux étudiants : " Restez enfermés, n'allez plus à l'école " avec les impôts qu'on paye. Il y a de l'argent pour réformer l'hôpital.» Stéphane Simon: «C'est-à-dire qu'il y a eu des occasions ratées. Moi, j'aurais aimé revoir l'archive du président nous disant, le 14 juillet dernier : " Nous serons prêts pour la deuxième vague, nous avons tiré les leçons du premier confinement. Nous serons prêts pour la deuxième vague. " Et nous, on est à la troisième vague, pour ainsi dire, on n'est toujours pas prêts. C'est ça, la réalité.»



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