SANTÉ

Publié le 31 mai 2021

Crédit vidéo : FranceSoir

Source : https://francesoir.fr/

«Une civilisation qui envisage de museler les enfants est une civilisation qui a cédé à la peur» Marie-Estelle Dupont

La psychologue Marie-Estelle Dupont était l'invitée de l'émission «Le défi de la vérité» diffusée sur FranceSoir ce mardi 25 mai 2021.

«On rend évidemment les gens malades»

Marie-Estelle Dupont: «Je pense qu'une civilisation qui envisage de fermer les écoles ou de museler les enfants pour une maladie, encore une fois, dont la létalité est faible et qui ne touche pas les enfants, c'est une civilisation qui a cédé à la peur, à la panique. Ces enfants, ils sont en train de se construire. C'est-à-dire que la construction de votre identité, elle passe par le fait que quand je vois votre visage, je peux décoder les émotions. Or, si je ne sais pas décoder vos émotions, je n'ai pas d'empathie. Donc je fonctionne de manière complètement psychopathe et déconnectée du réel et sans affect. Or, la survie de l'espèce dépend de l'affect. Quand on crée un mode de vie sans affect, on rend évidemment les gens malades et dangereux. Donc, il faut faire très attention à ce retour de bâton. Je pense qu'en termes de valeurs, le masque à l'école est très significatif du fait qu'on est prêt à céder sur les fondements mêmes de notre civilisation et à revenir sur nos valeurs.»

«On renonce à la liberté, l'égalité et la fraternité»

Marie-Estelle Dupont: «Or, je crois qu'on ne réussit que sur ces valeurs. Donc, quand on renonce à la liberté, à l'égalité, parce que fermer des écoles, et ça, Emmanuel Macron l'a tout de suite vu. Ça aggrave lourdement les inégalités. Ça aggrave également la fraternité, parce qu'il y a des étudiants qui mettent fin à leur jour, parce qu’on leur a demandé d'être solidaires de personnes âgées qui elles-mêmes souffraient de l'isolement. J'espère que c'est la fin de l'ère de l'illusion toute puissante. Où aller, on vous administre un peu d'analgésiques, un peu d'antidépresseur, un peu de transhumanisme et je suis immortel. Au contraire, j'espère que l'on va rentrer dans une ère où on va réintégrer l'existence humaine dans ces conditions, à savoir la vie, la mort, la souffrance, la solitude. Tout ça, ça fait partie de la vie. Mais si on en fait des catastrophes, c'est là que l'on crée des dégâts infinis. Donc j'espère plutôt qu'on va rentrer dans une ère où l'on va comprendre que sur une planète de plus en plus peuplée, avec une population de plus en plus âgée et polypathologique, qui se déplace.»

«Syndrome de la cabane»

Marie-Estelle Dupont: «Des virus potentiellement pandémiques, il y en aura d'autres.» Humbert Angleys: «Et sans doute des pires.» Marie-Estelle Dupont: «Et que ce n'est pas en s'enfermant dans un bunker qu'on aura une réaction adaptée. Parce que la pauvreté, elle a déjà doublé en un an. Je crois qu'il va falloir sortir de nos peurs et j'espère qu'on est au début d'une ère de courage. J'espère que l'on va sortir de la peur, accepter le réel, trouver des stratégies. Bien évidemment, il ne s'agit pas de laisser mourir les gens d'un virus. Mais surmonter nos peurs plutôt que de se calfeutrer et régresser dans une espèce de cocon artificiel dont, au bout d'un moment, les gens ne voudront plus sortir avec un syndrome de la cabane, puisque finalement, ils peuvent tout acheter en ligne, ils peuvent se faire livrer absolument tout et ils ne se voient plus. Et comme ils ne se voient plus, ils en meurent. Parce que quand on n'a pas d'interaction, l'espérance de vie diminue.»



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