POLITIQUE

Publié le 07 janvier 2023

Crédit vidéo : TMC

Source : https://tf1.fr/tmc

Bruno Le Maire mal à l'aise en écoutant l'analyse des vœux de Macron de Clément Viktorovitch

Clément Viktorovitch intervenait lors de l'émission « Quotidien » diffusée sur TMC ce lundi 2 janvier 2023.


“ C'est en fait une affirmation déguisée. ”

Yann Barthès : « Clément, tu voulais revenir sur les vœux d'Emmanuel Macron. » Clément Viktorovitch : « Eh oui, Yann. Monsieur le ministre, vous le savez beaucoup mieux que moi : les vœux du 31 décembre, pour un président, c'est un discours et un moment importants, notamment après une élection ou une réélection. Il s'agit de faire le bilan de l'année écoulée et, surtout, de donner le cap pour l'année à venir. Alors, que retenir des vœux du président Macron en ce qui concerne la partie bilan ? Bon, l'exercice reste assez classique, à l'exception tout de même de cette petite phrase. » Emmanuel Macron : « Qui aurait pu prédire la vague d'inflation ainsi déclenchée ou la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ? » Clément Viktorovitch : « Ah, ben tu en parlais tout à l'heure, Yann : qui aurait pu prédire la crise climatique ? Alors, en rhétorique, cette figure porte un nom. Ça s'appelle une question oratoire. C'est-à-dire une question qui n'appelle pas de réponse parce qu'elle est en fait une affirmation déguisée. C'est donc l'exact inverse d'une véritable question, puisque la véritable question redonne la parole à l'interlocuteur, alors que la question oratoire réduit symboliquement au silence l'auditoire en le mettant au défi de répondre, s'il l'ose. Alors évidemment, le problème, c'est quand une question oratoire donne envie d'y répondre. En l'occurrence, après six rapports du GIEC, 27 COP, des centaines de tribunes et des milliers de publications scientifiques, on a très envie de répondre que si, il y avait peut-être deux ou trois personnes qui auraient pu prédire la crise climatique, mais passons. »


“ Transformer, refonder, des mots très forts, mais des mots très vides. ”

Clément Viktorovitch : « Après tout, ce qui fait vraiment le cœur d'un discours de vœu, c'est surtout la projection vers l'avenir. Voyons donc ce que le président de la République nous prépare pour cette année. » Emmanuel Macron : « Continuer de transformer notre pays. Ce travail de transformation, de simplification. Refonder nombre des piliers de notre nation. Refonder nos grands services publics. Refonder une France plus forte, refonder la France et l'Europe pour les transmettre plus fortes, plus belles, plus justes. » Clément Viktorovitch : « Transformer, refonder, des mots très forts, mais des mots très vides. Ils ne sont au fond que des synonymes de ce bon vieux verbe : réformer. Et ce genre de mots, on en trouve beaucoup d'autres dans le discours du président de la République. » Emmanuel Macron : « Un modèle social juste et solide. Une société plus juste, en réindustrialisant plus vite, plus fort. L'ordre libre et juste qui permet aux citoyens d'être heureux. Une nation de confiance. Restons fidèles à nos valeurs, toujours. Renforcer notre force d'âme, si je puis dire. Soyons cette génération de bâtisseurs. » Clément Viktorovitch : « Alors, ça n'a peut-être l'air de rien, mais tous ces mots appartiennent en réalité à la même grande famille, celle de ce qu'on appelle les concepts mobilisateurs. On en a déjà parlé sur ce plateau. Les concepts mobilisateurs, ce sont ces mots sympathiques, enjoués, connotés positivement, qui font plaisir à tout le monde, mais qui n'impliquent en réalité aucun engagement. Tout le monde, au fond, est pour une France juste et solide, une nation de la confiance. »


“ Il nous faut travailler davantage. ”

Clément Viktorovitch : « Tout le monde est pour rechercher la force d'âme. Mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire et comment fait-on pour y parvenir ? La question à l'issue de ce discours reste très largement ouverte. Mais alors, dans ce cas, que reste-t-il, une fois supprimés tous les concepts mobilisateurs ? Il reste une chose, il reste un mot, un mot qui, lui, a beaucoup de sens. » Emmanuel Macron : « Il nous faut travailler davantage. L'allongement de nos carrières de travail. Travailler plus longtemps. Intégrons mieux par la langue et le travail. C'est par notre travail, notre engagement. Par notre travail. » Clément Viktorovitch : « Le travail, un mot, je crois, cher à votre cœur, Monsieur le ministre... » Bruno Le Maire : « Tout à fait. » Clément Viktorovitch : « ... et qui, en réalité, se révèle être l'épine dorsale de tout ce discours. Ce qui m'amène à ma question : faire travailler davantage les Français, est-ce que c'est cela, désormais, le principal marqueur idéologique du macronisme ? » Bruno Le Maire : « C'est une question, qui n'est pas rhétorique ? » Yann Barthès : « Ah oui, là, elle amène une réponse. » Bruno Le Maire : « Non, c'est le moyen de parvenir à notre objectif. Notre objectif, c'est le plein-emploi. On ne l'a pas connu depuis 1972. Ça fait 50 ans, un demi-siècle, que la France n'a pas le plein-emploi, là où l'Allemagne l'a, les États-Unis l'ont. Donc je pense que c'est un objectif et c'est un moyen d'atteindre cet objectif, le plein-emploi. »



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