POLITIQUE

Publié le 25 mars 2021

Crédit vidéo : A. nationale

Source : http://assemblee-nationale.fr/

«Je n'obéirai plus» Furieux et agacé par le confinement, François Ruffin a décidé de ne pas se taire

Visiblement en colère à cause des mesures de restriction, le député François Ruffin a décidé de dire ses 4 vérités devant la représentation nationale ce mercredi 24 mars 2021 à l'Assemblée nationale.

«On attend de voir à quelle sauce on va être mangé»

François Ruffin: «"On ne sait pas de quel côté va retomber la pièce" c'est un conseiller de l'Elysée qui s'exprimait ainsi jeudi dans Le Parisien. Qu'allait choisir le chef de l'Etat? Un confinement dur, un confinement doux? Jusqu'à la dernière minute, nous dit-on. Jusqu'à la dernière seconde, le président a hésité. Quel serait cette fois, je cite toujours: " Le pari d'Emmanuel Macron ". Pour l'instant, c'est du 50/50, confiait son entourage. Et donc, cette phrase: on ne sait pas de quel côté va retomber la pièce. Mais la pièce, c'est nous, c'est la France. C'est 67 millions de citoyens. De citoyens libres, avec liberté même comme premier mot de notre devise. Va-t-on rejouer au foot ou pas? Pile ou face? Ça dépend de la pièce, de l'humeur du président, de son sentiment. Est-ce que le fleuriste vendra ses fleurs ? Pile ou face? Les cours à l'université, dans les lycées? Pile ou face? Boire une bière en terrasse? Pile ou face? Depuis plus d'une année, nous sommes entre les mains du souverain, suspendus à ses lèvres, sans prise sur notre destin, ni ici dans cette assemblée, ni ailleurs. Et l'expression qui revient que j'entends chez les gens, c'est: " On attend de voir à quelle sauce on va être mangé ".»

«En revanche, vous êtes sourdingues, les oreilles bien bouchées»

François Ruffin: «Et finalement, après un confinement, un déconfinement, un reconfinement, un redéconfinement, un couvre-feu à 19 heures, un couvre-feu à 18 heures, nous voilà maintenant avec un confinement territorial partiellement déconfiné et un couvre-feu à 19 heures avec attestation de sortie, mais finalement sans, mais finalement si. C'est du colmatage, du rafistolage, sans aucune stratégie, sans aucun calendrier. Vous ne rouvrez pas les bars et les restaurants, vous ne rouvrez pas les musées et les cinés, vous ne rouvrez pas les gymnases et les salles de sport, mais surtout, vous ne rouvrez pas l'espoir. Vous ne rouvrez pas l'horizon. Ce matin, Ali m'a dit: " On a l'impression qu'ils tâtonnent avec une canne blanche, il faudrait leur acheter un chien d'aveugle ". Dans Le Parisien toujours, un conseiller gouvernemental nous dit-on, décrypte: " Il fallait donner des gages aux soignants exténués ". Evidemment, c'est le moment de visiter un hôpital, c'est le moment de se planquer derrière les blouses blanches. Le couvre-feu, c'est pour eux que vous le faites. C'est en leur nom, le re-re-confinement ! Soudain, il faut les écouter. Soudain, il faut montrer les urgences débordées. Le reste du temps, en revanche, vous êtes sourdingues, les oreilles bien bouchées. " Des quoi? Des lits? Comment ça des lits? " Le premier ministre ose même, et c'est à ça qu'on le reconnaît, dire: " Les soignants ne demandent pas d'augmenter le nombre de lits à l'hôpital ".»

«Nous sommes le seul pays au monde à fermer des lits en pleine pandémie»

François Ruffin: «Eh bien si, ils le demandent et même ils s'étonnent, je les cite, " Nous sommes le seul pays au monde à fermer des lits en pleine pandémie ". " Mais allons, allons ", leur réplique-t -on. " A quoi servirait des lits sans soignant, sans personnel? ". " Mais justement ! " vous hurlent les réanimateurs, " On en réclame ! On réclamait 60 internes de plus dans notre spécialité, 60 pour tout le pays, c'est pas énorme! On les aurait orientés en septembre, aujourd'hui, ils seraient à nos côtés dans les services, on serait moins asphyxié ". Mais combien en avez-vous accordé? Combien? Vous le savez, zéro ! Et sur les vaccins, c'est pire presque. Combien de doses seront produites en France en mars? Zéro! Combien en avril? Zéro! Combien en mai? Zéro! Combien de tout le printemps et de tout de l'été? Zéro! Zéro souveraineté. Nous devons attendre les doses, doses qui ne viennent pas, que Pfizer ou Moderna veulent bien nous livrer et ce, sans même réclamer pour les Français la levée des brevets à l'OMC. Alors, comme la digue ne tient plus, comme la digue devient une passoire, que faire? Fermer le robinet, le robinet des libertés. Voilà votre variable d'ajustement. Et c'est toujours, toujours au nom des soignants.»

«Je n'obéirai plus»

François Ruffin: «Mais ça ne prend plus. Laura, médecin en service Covid nous écrit: " Je ne veux plus servir de caution, mais ne nous habituons pas à vivre comme ça. Notre rôle est de soigner les malades, pas de juger les vivants. Notre rôle est de sauver des vies, pas de dicter la vie ". Florian, urgentiste lui aussi: " Nous ne voulons pas que les plages soient interdites. Nous voulons des soignants. Nous ne voulons pas d'une dictature sanitaire. Nous voulons retrouver une protection sociale démocratique". Fady, réanimateur: " Le corps social n'a jamais demandé de telle privation de liberté. Le gouvernement utilise la saturation des hôpitaux pour justifier des mesures liberticides et infondées ". Comme Laura, comme Florian. Comme Fady, comme ces soignants. Votre discours, je ne l'accepte plus. Comme des millions de Français qui se faufilent dans les rues, qui se retrouvent en cachette, je n'obéirai plus. Je ne reconnais plus votre autorité. Au nom de la vie, vous devenez mortifère. Vous portez la tristesse et les dépressions. Nous n'allons plus attendre. Nous n'allons plus attendre votre permission. Nous n'allons plus attendre pour vivre et pour rire, pour danser et pour chanter. Même masqués, oui, masqués. En un alexandrin avec césure à l'hémistiche, vous psalmodiez depuis lundi: " Dedans avec les miens, dehors en citoyen ". Comptez sur nous. On vous le promet. Ce printemps, nous serons dehors en citoyen.»



Partager cette page