POLITIQUE

Publié le 21 décembre 2021

Crédit vidéo : BFM

Source : https://bfmtv.com/

Très éloquent, ce jeune essayiste donne une leçon de droit à une députée LREM

Mathieu Slama était l'invité de l'émission «Le Live Toussaint» diffusée ce lundi 20 décembre 2021 sur BFM.

«C'est une politique de coups de pression et même de chantage»

Mathieu Slama: «Le passe vaccinal, vous l'avez dit d'ailleurs, c'est quand même une pression. C'est une politique de coups de pression et même de chantage qui consiste à dire une chose qui est quand même très très grave, c'est de dire : on vous reprend votre liberté et on ne vous la redonne qu'à la condition que vous vous comportiez très bien. Concrètement, ça veut dire qu'avec un simple QR code, vous pouvez activer-désactiver les droits des citoyens. Donc sur le plan des principes, je pense que c'est une rupture politique et même républicaine qui est inédite. Je pense que c'est quelque chose que l'on a jamais connu dans notre histoire contemporaine et c'est pour ça que je crois que c'est très très grave. Et c'est une rupture avec deux principes en particulier, d'une part avec notre conception de la citoyenneté. La citoyenneté en France, elle est indivisible. Il n'y a pas plusieurs catégories de citoyens : des citoyens qui seraient des sous-citoyens qui auraient moins de droits que les autres. Ça, ça n'existe pas dans la République française et c'est un principe républicain très important. Et le deuxième principe, c'est le principe de liberté. Le président de la République a parlé d'une société de vigilance et il admet lui-même, que l'on n'est plus dans une société de liberté. Et en fait, aujourd'hui, la liberté c'est quelque chose que le pouvoir vous accorde en fonction de votre comportement, en l'occurrence la vaccination. Et ça, pareil, c'est quelque chose qui est totalement étranger à notre culture républicaine où je rappelle, la liberté est une chose inaliénable. Un citoyen a des droits inaliénables et la liberté, c'est quelque chose qui est consubstantiel à la citoyenneté. C'est ça pour moi, les ruptures qui sont vraiment très très importantes dans cette histoire.»

«Soit c'est le confinement, soit c'est le passe»

Laurianne Rossi: «Ce qui a privé les Français de liberté depuis maintenant plusieurs mois, ce n'est pas le passe sanitaire, c'est le virus. Le virus et ses conséquences : confinement, couvre feu, les fermetures de commerces, établissements de loisirs, etc. Ce qui a permis de redonner des libertés aux Français, c'est précisément le vaccin, d'une part, qui a changé la donne et le passe sanitaire qui est, quoi que vous en disiez, un succès. Donc, libre à eux de ne pas se faire vacciner, mais à ce moment là plus d'activités de loisirs. Nous assumons cette décision.» Mathieu Slama: «En fait, vous avez dit une chose qui, je pense, résume un peu votre position qui est de dire : c'est le virus qui a décidé de nos libertés. Ça me rappelle un peu les propos d'un épidémiologiste médiatique qui avait dit récemment : " Le virus se fout de la Constitution. " Moi, je crois que le virus ne décide de rien. C'est la politique qui décide, c'est le politique, il n'y a pas d'alternative. Ça, ce n'est pas possible. Les choix politiques, ça existe en démocratie et ce sont des choix, ce n'est pas un virus qui décide. Le confinement, le fait d'enfermer des Français sous surveillance policière, sous contrôle policier, c'est quelque chose pour moi, par exemple, qui est inacceptable et qui en politique, ne devrait pas prendre au regard des enjeux, des considérations démocratiques, éthiques, sociales, etc. Donc, vous nous vendez entre guillemets, une sorte de jeu de dupes qui est soit c'est le confinement, soit c'est le passe, en gros. Et ça, moi, je crois que c'est très dangereux dans une démocratie de raisonner comme ça, parce que ça écarte toute hypothèse de discussion démocratique sur les choix possibles à faire.» Laurianne Rossi: «Mais pardon, mais vous proposez quoi monsieur ?»

«On est en train de banaliser une méthode de gouvernement non démocratique»

Mathieu Slama: «Il y a un autre danger qui est très important, vous dites : " Il faut peser le risque aux non-vaccinés. " Et ça me fait penser à ce qu'a dit Jean Castex il y a quelques jours, il a dit " Il est inadmissible que des millions de Français... ".» Laurianne Rossi: «J'entend,s vous êtes anti-passe, vous proposez quoi ? Face à ce nouveau variant, vous proposez quoi concrètement ? Même si vous n'êtes pas politique.» Mathieu Slama: «L'éthique c'est important, les principes démocratiques c'est important, madame. On ne peut pas faire n'importe quoi avec la politique. Aujourd'hui il y a 6 millions de Français non-vaccinés et on ne peut pas dire que 6 millions de Français sont des irresponsables. On ne peut pas gérer un pays comme ça, ce n'est pas possible dans une démocratie. En fait, on est en train de banaliser une méthode de gouvernement non démocratique. Cet été, il y a un rapport du Sénat qui est sorti, de trois sénateurs plutôt modérés, des démocrates droite et centre gauche, je crois. Un rapport dans lequel on pouvait lire une phrase qui moi m'a sidéré et qui, je trouve, n'a pas été beaucoup reprise. Cette phrase c'est : " Si dans une dictature des mesures permettent de sauver des vies et que dans une démocratie, on pleure nos morts, alors il faut s'interroger avec pragmatisme sur les mesures qu'on pourrait prendre en dehors du cadre démocratique. " C'est une phrase qui était dans ce rapport du Sénat et qui proposait des mesures assez aberrantes du point de vue des libertés publiques qui, heureusement pour l'instant, ne sont pas prises. Donc, c'est ça que je critique, c'est la banalisation, la normalisation d'une méthode très antidémocratique et autoritaire. Et c'est ça vraiment qui m'inquiète beaucoup.»



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