SANTÉ

Publié le 05 mai 2021

Crédit vidéo : LCI

Source : https://lci.fr/

LCI nous explique que l'hypothèse d'un virus échappé d'un laboratoire est prise au sérieux

Durant l'émission «24H Pujadas» de ce mardi 4 mai 2021, la journaliste Jennifer Knock nous explique que l'hypothèse d'un virus échappé d'un laboratoire est prise au sérieux.

«Quinze mois après le début de l'épidémie, on n'a toujours pas trouvé l'animal qui aurait joué le rôle de l'intermédiaire»

David Pujadas: «Aujourd'hui, force est de reconnaître que de plus en plus de scientifiques s'interrogent. Quels sont ces faits nouveaux ? Quelles sont ces troublantes coïncidences dont parlent ces scientifiques ? Qu'est-ce qui mène à cette piste d'un accident de laboratoire ?» Jennifer Knock: «Et bien d'abord, le fait que toutes les autres pistes évoquées au début de l'épidémie semblent de moins en moins crédibles. Le premier scénario suggérait notamment que le virus issu de la chauve-souris se soit transmis à un autre animal, en l'occurrence au pangolin mais aussi, pourquoi pas, au vison ou au chien viverrin ? Et bien, pour l'instant, cette piste n'est pas concluante. Quinze mois après le début de l'épidémie, on n'a toujours pas trouvé l'animal qui aurait joué le rôle de l'intermédiaire, alors que généralement, ça va très vite. Quant au deuxième scénario, qui suggère que le virus soit passé directement d'une chauve-souris à l'homme, lui, pose un très sérieux problème géographique. Car les chauves-souris qui hébergent ce virus appartiennent à une espèce très particulière les chauves-souris fer à cheval qui se trouvent dans les grottes du Yunnan. Comment expliquer donc que l'épidémie ne soit pas née là-bas, dans le Yunnan, mais à Wuhan, qui se trouve à 1500 kilomètres de là ?»

«On peut aussi l'imaginer, que le virus s'est échappé du laboratoire de Wuhan dans lequel il était stocké»

Jennifer Knock: «C'est là qu'intervient le troisième scénario, celui du fameux Institute of Virology de Wuhan, précisément spécialisé dans les coronavirus de chauves-souris. On peut alors imaginer qu'un scientifique ait rapporté ce virus du Yunnan où il a fait des prélèvements. A Wuhan, José Halloy, qui travaille au CNRS sur ces sujets, nous l'explique» José Halloy: «Et donc, il y a cette coïncidence étrange, le coronavirus apparaît à côté du plus grand centre mondial qui étudie ce type de virus et qui va chercher ces virus dans les écosystèmes sauvages et les ramène en laboratoire pour les étudier.» Jennifer Knock: «Regardez ces images : le chercheur Tian Jun-Hua, qui travaille justement à Wuhan, a beaucoup fait parler de lui lors de ce reportage en 2019, on le voit capturer des chauves-souris avec un équipement très rudimentaire. Il a juste un masque, ce qui lui a valu beaucoup de critiques. Peut-être que ces chercheurs n'ont-ils pas pris les précautions nécessaires. Ou peut-être, on peut aussi l'imaginer, que le virus s'est échappé du laboratoire de Wuhan dans lequel il était stocké.»

«Ils modifient les génomes des virus pour les rendre plus virulents, plus contagieux, plus létaux»

David Pujadas: «Et vous dites qu'il y a deux faits, deux éléments qui donnent du crédit aussi à cette hypothèse.» Jennifer Knock: «Oui, le premier fait très concret, c'est cette affirmation du gouvernement américain qui a de bonnes raisons de croire que plusieurs chercheurs du Wuhan Institute of Virology sont tombés malades à l'automne 2019. Deuxième fait, on sait que dans ce laboratoire, la directrice adjointe Shi Zhengli, grande spécialiste des chauves-souris au point qu'on l'appelle Bat Woman, a identifié, en 2013, le plus proche cousin naturel du virus qui sévit en ce moment, ce coronavirus s'appelle RaTG13 et il a 96% de ressemblance avec le virus actuel. Et il a été établi depuis que ce virus provenait effectivement d'une mine du Yunnan où il a été collecté en 2013. Plus stupéfiant encore, on apprend que dans cette mine infestée de chauves-souris; quelques mois plus tôt, six ouvriers avaient été contaminés par une pneumonie atypique très similaire au Covid 19 et que 3 en étaient même décédés. À l'époque, les autorités chinoises n'avaient rien dit à l'OMS. Et cela va encore plus loin puisque les experts de la lettre ouverte se demandent maintenant s'il n'y a pas eu aussi manipulation sur ce virus trouvé à Yunnan, qui aurait facilité sa contagiosité car il est de notoriété publique que dans ce laboratoire, les chercheurs font des expériences qu'on appelle gain de fonction. Ils modifient les génomes des virus pour les rendre plus virulents, plus contagieux, plus létaux. Ils veulent ainsi anticiper les virus du futur. C'est ce qu'ils disent.»

«Ces chercheurs ont affirmé avoir réussi à combiner un coronavirus... Cette chimère avait pu se répliquer dans des cellules humaines des voies respiratoires»

Jennifer Knock: «Et en novembre 2015, et bien ces chercheurs avaient justement affirmé dans une publication avoir réussi à combiner un coronavirus de chauve-souris avec un autre adapté aux souris et que cette chimère avait pu se répliquer dans des cellules humaines des voies respiratoires.» David Pujadas: «A ce stade, est-ce que l'on peut parler de preuves ou de début de preuve ?» Jennifer Knock: «Non. Et là dessus, les chercheurs sont modestes. Il n'y a que des questions, seule la Chine peut y répondre, mais elle s'y refuse, pire, elle détruit les indices. Selon les chercheurs du groupe drastique qui enquêtent sur les origines de ce virus, toutes les bases de données du Wuhan Institute of Virology ont été effacées. Elles ne sont plus accessibles sur Internet depuis septembre 2019, soit trois mois avant le démarrage officiel de l'épidémie. Les autorités chinoises ont aussi ordonné la destruction des échantillons de laboratoire. Quant à la mine du Yunnan, elle est inaccessible, totalement verrouillée par les autorités. Des journalistes ont essayé de s'y rendre, sans succès, les routes étant systématiquement bloquées par des camions opportunément en panne.»



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