SANTÉ

Publié le 02 avril 2021

Crédit vidéo : Sud Radio

Source : https://sudradio.fr

Le discours saisissant d'une psychologue qui détruit l'idée du confinement et qui l'assume

La psychologue Marie-Estelle Dupont était l'invitée de l'émission «Bercoff dans tous ses états» diffusée sur Sud Radio ce jeudi 1er avril 2021.

«Je vais me faire mal-voir en le disant. Mais tant pis je l'assume»

André Bercoff: «De temps en temps, même le président de la République fait des lapsus et des lapsus intéressants. Écoutez ce qu'il a dit hier soir.» Emmanuel Macron: «Je veux ce soir saluer à nouveau, en votre nom à tous, l'action remarquable de nos soignants. Et en particulier des équipes de réanimation et de soins critiques qui, secteur public comme secteur privé, agissent main dans la main, mutualisent les équipes, innovent. Non seulement pour soigner les 28 malades du Covid à l'hôpital, mais aussi pour transformer des salles d'opération en salles de réanimation.» André Bercoff: «"Non seulement pour soigner les 28 malades du Covid à l'hôpital". Mais où est la crise, je ne comprends pas?! Je croyais que les hôpitaux étaient saturés et les lits étaient saturés?! Bien sûr, c'était un lapsus, ça arrive à tout le monde. Mais est-ce que ça ne veut pas dire quelque chose quand même?» Marie-Estelle Dupont: «Alors moi, j'ai été très très étonné et j'ai ré-écouté. Je me suis dit "Est-ce que j'ai bien entendu ?". Les 28 malades du Covid ! Effectivement, Je pense que ce lapsus est révélateur de quelque chose. Je vais me faire mal-voir en le disant. Mais tant pis je l'assume.»

«Depuis un an, nous ne vivons plus pour une maladie qui n'est quand même pas la peste noire»

André Bercoff: «C'est très bien, des fois, de se faire mal voir.» Marie-Estelle Dupont: «C'est ce qui s'appelle la disproportion. Depuis un an, nous ne vivons plus pour une maladie qui n'est quand même pas la peste noire. Je ne minimise pas la souffrance des malades, je dis juste un malade qui aujourd'hui arrive en réa, ça lui fait une belle jambe qu'on fasse 70 millions d'assignés à domicile qui ont envie de se jeter par la fenêtre et qui boivent trop d'alcool. Ce qu’il veut, c'est juste des lits de réa et des infirmières. On a une disproportion! Et quand il dit 28, il dit bien: le Covid ce n’est pas la peste noire, ce n’est pas si grave que ça.» André Bercoff: «0,05% de morts, il faut le rappeler.» Marie-Estelle Dupont: «Encore une fois, c'est cette disproportion que je rappelais dans une tribune il n'y a pas très longtemps dans Le Figaro. Il est où l'équilibre dont il parlait hier soir? Quand on déscolarise des enfants, que l'on met des femmes dans des situations intenables, des hommes dans des situations intenables. J'ai un patient restaurateur qui pleure parce qu'il ne sait pas comment il va financer les études de son fils qui était major de sa promo en droit, pour un virus qui ne tue pas tant que ça. Donc, je crois si vous voulez, qu'il ne faut pas chercher un coupable dans une personne seule, ça c'est une réaction de peur et de colère. Emmanuel Macron n'est que l'enfant d'un système, il n'est que le fruit d'une époque.»

«L'importance de la vie ce n'est pas de réduire l'être humain à la stricte survie»

Marie-Estelle Dupont: «Et je l'ai dit au mois de mars dans une matinale à LCI. C'est une époque qui a voulu oublier la mort. C'est une époque qui a voulu oublier la finitude et la vulnérabilité. Idéaliser la médecine comme toute puissante. Et aujourd'hui, on est en colère que la médecine ne nous protège pas de tout. Mais en fait, cela n'est pas possible. On doit réintégrer le risque, on doit réintégrer l'incertitude. Et ce que nous montre les gouvernants aujourd'hui, c'est qu'ils ne veulent pas intégrer ça. Donc comme ils veulent être dans un contrôle jacobiniste et tout puissant de tout risque. Déjà, ils empêchent tout un tas d'initiatives locales qui auraient pu fonctionner à plein d'échelles. Mais surtout, l'importance de la vie ce n'est pas de réduire l'être humain à la stricte survie. Puisque l'être humain étant un mammifère, sa survie dépend des interactions et des contacts affectifs. Donc si on veut dire les choses positivement, parce que je n'ai pas envie de déprimer vos auditeurs.» André Bercoff: «Vous ne les déprimez pas, il faut dire les choses, c'est important.» Marie-Estelle Dupont: «On aura retenu quelque chose, c'est que le virtuel, le distanciel, oh mon Dieu que ce mot est laid. C'est bien joli mais un être humain est pétri de liens. Il meurt quand il ne vit que pour une peur. Ce n'est pas l'épreuve qui rend fou, c'est l'injonction paradoxale et un être humain qu'on prive de relations affectives, sa vie n'a plus de sens. Et voilà ce que me disent les personnes âgées: "J'en ai marre que l'on protège, ma vie n'a plus de sens si je ne vois pas ceux que j'aime.»


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