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Publié le 02 mai 2022

Crédit vidéo : RMC

Source : https://rmc.bfmtv.com

Licenciée après avoir annoncé sa grossesse : le témoignage de cette salariée choque tout un plateau

La journaliste Joanna Chabas intervenait lors de l'émission « Apolline Matin » diffusée ce lundi 2 mai 2022 sur RMC.

« Bah, un accident, ça se résout »

Apolline de Malherbe : « Joanna, avec Marie Dupin, vous avez recueilli pour RMC le témoignage très fort de Mathilde. Elle a été virée pour avoir annoncé qu'elle était enceinte. » Joanna Chabas : « Oui, Mathilde, conseillère en assurances, commence un nouveau travail en janvier de l'année dernière, à Avignon. Tout se passe bien, elle démarche de nouveaux clients pour l'entreprise. Mais un mois après son embauche, elle apprend qu'elle est enceinte. Par souci d'honnêteté, elle décide d'annoncer sa grossesse à son patron. » Mathilde (salariée licenciée) : « J'ai dit : " Voilà, je suis enceinte ". Et là, en fait, il a bugué. Pendant à peu près deux minutes, ça a été un grand silence dans le bureau. Et là, il me dit : " Mais attendez, moi avec ma femme, ce genre de problème, on le résoudrait, quoi. — Sous quelle façon ? — Bah, un accident, ça se résout. " D'accord. J'ai dit : " Donc là, vous êtes en train de me suggérer, grosso modo, de ce que je comprends, d'avorter. " Il continue en me disant : " Ouais, mais vous ne vous rendez pas compte, vous me foutez dans la merde, machin... " »

« Ma vie pro allait partir en vrille »

Mathilde (salariée licenciée) : « Je peux l'entendre que ce soit compliqué, que pendant quatre mois ce sera compliqué, etc. Mais de là à me dire ça, quoi, non ! » Joanna Chabas : « Dès le lendemain, Mathilde est convoquée. Son patron lui explique que sa période d'essai est terminée, qu'elle doit prendre ses affaires et partir le jour même sans explication. Un épisode traumatisant pour la future maman. » Mathilde (salariée licenciée) : « Mes premiers mois de grossesse, je ne les ai pas appréciés comme j'aurais dû les apprécier. J'ai eu la sensation, pendant deux ou trois mois, de foutre ma vie en l'air parce que je voulais garder mon enfant. Les six premiers mois de ma grossesse, j'ai eu beaucoup de mal à me dire " je vais l'aimer ", parce que ma vie pro allait partir en vrille. Bon, je suis très heureuse, hein, il n'y a pas de souci là-dessus, j'ai appris à relativiser là-dessus. Mais sur le coup, j'ai quand même très mal vécu les propos qu'il m'a tenus et ce que ça a engendré derrière. »

« Un des facteurs pour mettre fin à sa période d'essai »

Apolline de Malherbe : « Mathilde a la certitude que c'est bien à cause de l'annonce de cette grossesse qu'elle a été licenciée ? » Joanna Chabas : « Oui, c'est ça. Et puis surtout, elle avait un petit doute, forcément, mais profondément, dans ses tripes, c'était ça. Nous, on a voulu vérifier. Donc on a appelé nous-mêmes son ancien patron, responsable d'une franchise d'un très grand groupe d'assurances. Il reconnaît que la grossesse de Mathilde a été, je cite, " un des facteurs pour mettre fin à sa période d'essai ", qu'en face de ce qu'il appelle " un problème ", il a agi en chef d'entreprise. Mais comme pour se justifier, il assure par ailleurs que le travail de Mathilde n'était pas complètement satisfaisant. » Apolline de Malherbe : « Est-ce qu'il existe des recours dans ce cas ? » Joanna Chabas : « Alors, c'est vrai qu'il n'est pas obligatoire de donner un motif pour rompre une période d'essai. Mais mettre fin pour une grossesse est interdit par la loi. Mathilde n'a pas de preuve écrite de ce qu'il s'est passé, alors elle pensait être démunie quand elle nous a écrit. On a donc contacté maître Delphine Lopez, avocate en droit du travail. Selon elle, Mathilde a des possibilités de recours. »

« Des éléments qui la laissent penser qu'elle est victime d'une discrimination »

Maître Delphine Lopez : « Lorsqu'il y a discrimination, il y a une charge de la preuve qui pèse essentiellement sur l'employeur. C'est-à-dire que c'est à la salariée d'apporter des éléments qui la laissent penser qu'elle est victime d'une discrimination. Et c'est à l'employeur, en revanche, de prouver qu'en réalité, cette rupture est liée à une insuffisance professionnelle, à une inadéquation de la personne au poste. Grâce à ce mécanisme d'inversion de la charge de la preuve, on peut effectivement espérer voir aboutir des actions que l'on peut mener devant les juridictions prud'homales. » Joanna Chabas : « Si l'employeur est reconnu coupable de discrimination, la salariée peut obtenir des dommages et intérêts, au minimum six mois de salaire brut. Donc Mathilde envisage bien une procédure aux prud'hommes et s'est rapprochée de cette avocate. »



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