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Publié le 14 novembre 2022

Crédit vidéo : Mediapart

Source : https://mediapart.fr/

Quand Bolloré veut faire taire les médias : un ex-salarié de Canal+ nous raconte !

Jean-Baptiste Rivoire, ex-salarié de Canal+, était l'invité de l'émission « L'entretien » diffusée sur Mediapart le mardi 25 avril 2018.


“ Ça reste secret à l'époque. ”

Jean-Baptiste Rivoire : « Un reportage sur le Togo a été censuré à Canal parce que ça dérangeait probablement les intérêts de l'actionnaire Vincent Bolloré. En octobre, l'émission L'effet Papillon consacre un petit reportage à ce phénomène, va dans la rue, interviewe les gens, tout simplement. Ce n'est même pas une investigation spécialement poussée. C'est juste la colère des Togolais contre leur régime. Ce sujet passe une fois dans l'Effet Papillon, le 15 octobre 2017, et immédiatement les consignes sont données à l'intérieur de Canal+ pour que plus jamais ce sujet ne repasse. Ça reste secret à l'époque, personne ne l'apprend à l'entreprise parce que ça ne sort pas. Quelques semaines plus tard, il y a une petite erreur, une programmatrice de Canal Afrique le balance par erreur en Afrique, il est rediffusé et là, énorme colère de la part de Vincent Bolloré et du dirigeant togolais. Et là, il y a des cadres à Canal qui vont être virés, etc. Et là, la cerise sur le gâteau absolu, c'est que quelques semaines après cet épisode, on a appris qu'était passé sur l'antenne de Canal en France un publireportage disant que le Togo serait un modèle de stabilité politique en Afrique. »


“ Ça, c'est de la propagande. ”

Jean-Baptiste Rivoire : « Une espèce de publireportage incroyable, avec pas de signature, pas de générique, on ne sait pas qui c'est, discrètement, à 7 h du matin, qui a ensuite disparu des ordinateurs de Canal. On ne sait pas où il est, c'est un programme clandestin. Donc ça, c'est de la propagande. C'est-à-dire qu'on prend une chaîne de télévision nationale, on fait de la propagande. Ce que ça veut dire, ça, ça veut dire : " Moi, l'actionnaire, à chaque instant, j'ai le pouvoir sur n'importe quelle enquête, à n'importe quel moment, quand je veux. " Les gens qu'il a mis en place, Maxime Saada et Jean-Christophe Thiery, sont vraiment des " Bolloré boys ", depuis le début, ce sont des gens qui ont relayé devant l'Assemblée nationale, devant le Parlement, un certain nombre de mensonges, qui en fait, par exemple, qu'il n'y avait jamais eu de censure. Il a mis en place un système qui verrouille l'entreprise, à sa botte. On est surveillé, on a peur, les juristes sont dans la peur à l'idée que le CSA nous fasse une remarque. Moi j'ai vécu ça pendant 15 ans. Un industriel actionnaire arrive, prend le contrôle d'un média national, écrase la liberté éditoriale, souille la loi 86, il ne se passe strictement rien au niveau du CSA. »


“ Moi je trouve ça surréaliste. ”

Jean-Baptiste Rivoire : « Et ce n'est pas faute d'avoir prévenu. Donc là, je pense qu'on se moque de nous. Et le gouvernement sous Hollande et sous Macron, c'est pareil, il y a une espèce de complaisance à l'égard de la façon dont Bolloré souille la liberté éditoriale des médias. Moi je trouve ça surréaliste. On a le sentiment depuis deux, trois ans, d'un homme dans sa toute-puissance. Il est né avec une cuillère en argent. Il n'a jamais eu besoin d'aller demander grand-chose aux banques, parce que de toute façon, il y avait une telle fortune familiale, que voilà. Et effectivement, on se demande un peu qui a résisté à cet homme, tout au long de sa vie ? Vous savez, c'est comme les enfants de 5 ans, ils ont besoin de sentir une limite, et puis quelque part, ça les rassure. Bolloré, on a l'impression que la limite, au fond, il ne l'a jamais trouvé. Il est tout puissant, c'est formidable, il peut tout faire, tout écraser, les lois, il y a aucun problème. Peut-être que tous les agents du maintien de l'ordre ne viennent pas boire des verres de champagne sur la tour Bolloré à Puteaux, comme le raconte le livre récent " Vincent tout puissant ". Peut-être que quelques agents du maintien de l'ordre pensent que la démocratie est importante. Voilà, on en saura plus, plus tard. »


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