ENVIRONNEMENT

Publié le 02 juillet 2022

Crédit vidéo : Canal+

Source : https://canalplus.com

« On est en train de tuer la vie sur terre » : cet astrophysicien nous alerte sur la réalité de la croissance économique

L'astrophysicien Aurélien Barrau était l'invité de l'émission « Clique » diffusée ce mercredi 12 février 2020 sur Canal +.

« On est en train de faire preuve d'une extraordinaire violence à l'égard des précarisés »

Aurélien Barrau : « Le monde actuel dans lequel on vit est extraordinairement coûteux socialement. On est en train aujourd'hui de détricoter tout le tissu social de ce pays. On est en train de faire preuve d'une extraordinaire violence à l'égard des précarisés et des plus pauvres. Et pourtant, ça va très mal du point de vue écologique. Regarde la croissance, c'est un truc dont on nous parle tout le temps, c'est super important la croissance. Alors déjà, pour dire qu'on est en ce moment, depuis quelques décennies, en croissance, il faut quand même être un peu fou. Parce que du point de vue éthique, on est en train de tuer la vie sur terre. Et du point de vue économique, on est aujourd'hui en train de détruire notre capital de départ en créant des objets qui ont beaucoup moins de valeur que le capital de départ. Donc, déjà, du point de vue rationnel, on n'est pas du tout en croissance en ce moment. »

« Il faut être un peu économiste ou fou pour croire qu'on est en croissance »

Il faut être un peu économiste ou fou pour croire qu'on est en croissance. Mais appelons ça croissance pour coller avec la vision générale. Bon, ça, il y a trois possibilités aujourd'hui pour demain. C'est très, très facile à voir. Soit on commence à décroître au sens économique du terme, c'est-à-dire en diminuant la production d'objets matériels. On peut continuer à croître : pour l'amour, pour la solidarité et la créativité scientifique, artistique, cinématographique, poétique... Tout ça, ça va très bien. On diminue simplement la production d'objets matériels, on le fait parce qu'on le veut. On commence à partager, et alors on arrange à la fois le problème écologique et le problème social. Ça, c'est peu probable. Le deuxième scénario, qui est beaucoup plus probable, c'est ce qui va se passer, c'est qu'on s'accroche à la croissance. Donc on suce le pétrole jusqu'à la dernière goutte, on se prend cinq, six, sept degrés de réchauffement climatique, on généralise la famine mondiale et on aura des guerres, des régimes totalitaires, etc. »

« Il va falloir apprendre à vivre avec moins »

Aurélien Barrau : « Parce que la croissance non voulue, non désirée, c'est toujours ce qui engendre effectivement les basculements politiques vers le pire. Et le troisième scénario, c'est celui dans lequel on arrive à trouver d'autres sources d'énergie, et donc on arrive encore à croître un peu. Mais ça, ça ne va pas durer très longtemps, parce que de toute façon, les lois de la physique sont ce qu'elles sont, les faits sont têtus, et il se trouve que le peak oil, là on vient de le passer, on est en train de le passer. Et donc, qu'on le veuille ou non, il va falloir apprendre à vivre avec moins. Et le problème, ce n'est pas seulement l'origine de l'énergie, c'est ce qu'on fait de l'énergie. Même avec un instrument qui fonctionne à l'énergie solaire, si vous détruisez la forêt, à la fin, vous n'avez plus de forêt. Donc il y a vraiment, je trouve, une réappropriation à la fois symbolique et presque poétique du monde. Et là, effectivement, je rejoins ce que vous disiez, qui est absolument fondamental. »


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