ENVIRONNEMENT

Publié le 20 juin 2022

Crédit vidéo : France TV

Source : https://france.tv/

Raillé sur le plateau, ce volcanologue prévoyait déjà les changements climatiques d'aujourd'hui

Haroun Tazieff intervenait lors de l'émission « Les dossiers de l'écran » diffusée sur Antenne 2 le mardi 4 septembre 1979.

« La pollution industrielle dégage des quantités de produits chimiques de toute nature »

Joseph Pasteur : « C'est ici que nous abordons les questions posées par les téléspectateurs. Il y en a une qui concerne la menace de réchauffement. Est-ce que l'activité de ces volcans ne peut pas devenir un jour tel qu'ils fassent fondre la glace autour ? Vous voyez les conséquences auxquelles pensent des tas de gens ? C'est-à-dire que si jamais quelqu'un a calculé... » Haroun Tazieff : « Le niveau de la mer va monter, oui, bien sûr. » Joseph Pasteur : « Oui, si jamais la grande banquise fond, le niveau des mers va monter de 100 mètres, ce qui serait une catastrophe horrible. » Haroun Tazieff : « Exact. Mais ce ne sont pas les volcans qui le feront, ce qui peut le faire, c'est la pollution industrielle. » Joseph Pasteur : « Expliquez-nous comment. » Haroun Tazieff : « Eh bien, la pollution industrielle dégage des quantités de produits chimiques de toute nature, dont une énorme quantité de gaz carbonique. Et c'est Claude qui nous disait tout à l'heure qu'il s'agit de plusieurs dizaines de milliards de mètres cubes... » Claude Lorius : « Non, 20 milliards de tonnes par an. C'est la quantité de CO2 que l'homme rejette à la suite de ses activités. » Joseph Pasteur : « Et cette quantité de gaz carbonique se propage dans l'atmosphère... »

« C'est un baratin, ça »

Haroun Tazieff : « Dans l'atmosphère, et risque de faire de l'atmosphère une espèce de serre. » Jacques-Yves Cousteau : « C'est un baratin, ça. L'histoire du CO2, c'est entendu, c'est vrai, on en fabrique beaucoup. Mais il y a quand même des correcteurs automatiques. Il y a d'abord la végétation, qui prospère d'autant plus... » Haroun Tazieff : « Mais comme on brûle la forêt... » Jacques-Yves Cousteau : « Non, mais attendez... Il y a donc d'abord la végétation, qui est un correcteur naturel à ça. Et ensuite, il y a l'océan. Alors, il est certain que nous menaçons simultanément les forêts et la surface de l'océan, qui est la surface d'échange. Mais si on avait la sagesse de planter des arbres en même temps qu'on brûle du pétrole... » Joseph Pasteur : « Oui, mais on ne peut pas planter des arbres dans l'Antarctique ?! » Jacques-Yves Cousteau : « Oui, mais il n'y a pas besoin que ça soit dans l'Antarctique. » Joseph Pasteur : « Bien sûr. » Haroun Tazieff : « Si, au lieu de détruire les forêts françaises, on les protégeait d'une part et on en augmentait la surface ; si, au lieu de détruire la forêt amazonienne, on la protégeait ; si, au lieu de détruire les forêts de Bornéo, d'où nous revenons, de Java, de Sumatra et de l'Afrique centrale, on protégeait ces forêts, il n'y aurait pas de danger avec le gaz carbonique et au contraire, il y aurait de plus en plus d'oxygène. Mais on ne le fait pas, on ne protège pas. Et pour faire des profits colossaux, on massacre nos forêts. »

« Donc, à cause du réchauffement, deux-trois degrés de moyenne suffisent »

Joseph Pasteur : « Mais alors, vous voulez dire, si j'ai bien compris, que du fait de l'existence de cette masse énorme de gaz carbonique dans l'atmosphère, il y a une convergence qui se fait au niveau du pôle ? » Haroun Tazieff : « Non, il pourrait y avoir un effet de serre général, réchauffement de deux ou trois degrés de la température de l'atmosphère, d'où fusion d'une énorme quantité de glace polaire, aussi bien au sud qu'au nord ; mais des glaces de montagne. » Joseph Pasteur : « Et risque de réchauffement ? » Haroun Tazieff : « Donc, à cause du réchauffement, deux-trois degrés de moyenne suffisent, n'est-ce pas ? Et une montée des eaux et donc noyade de toutes les côtes basses. C'est-à-dire New York et Le Havre, et Marseille et Nice et Londres... » Joseph Pasteur : « Haroun Tazieff, vous êtes en train de paniquer les populations, là ?! » Claude Lorius : « Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce point de vue un peu catastrophique. D'abord, l'Antarctique, on sait qu'il y a de la glace dessus depuis une dizaine de millions d'années et on sait qu'il n'a pas beaucoup varié depuis 5 millions d'années. Et même un réchauffement, si cela était le cas, de 2 à 3 degrés centigrades, à mon sens, ça n'aurait pas une incidence forcément catastrophique. On peut discuter sur cette possibilité de changement de 2 à 3 degrés centigrades lié au CO2. Il y a bien des gens qui trouvent que c'est très surestimé. Mais en ce qui concerne la glace, je crois qu'il faut quand même bannir cette idée que les calottes de glace sont forcément instables, et instables à de très courtes échelles de temps. »

« C'est l'industrie qui vient jeter là-dedans le trouble sur les grands rythmes naturels »

Claude Lorius : « C'est-à-dire qu'on connaît des changements importants, mais il s'agit du passage d'une glaciation à un climat chaud tel que nous le connaissons. Là, on sait que dans la nature, il s'est produit effectivement des changements et que le niveau des océans a changé de 100 mètres. Mais je ne crois pas, quant à moi, en particulier, sur cette affaire de CO2... » Joseph Pasteur : « Et sur des périodes de dizaines de milliers d'années... » Haroun Tazieff : « Sur des millions d'années, attention. Mais je voudrais tout de même dire qu'il n'y avait pas la pollution industrielle. » Jacques-Yves Cousteau : « Il y a 17000 ans, la mer était à -170 mètres, c'est hier ! » Haroun Tazieff : « Il n'y avait pas d'industrie, c'est l'industrie qui vient jeter là-dedans le trouble sur les grands rythmes naturels auxquels on assiste depuis des millions d'années. » Claude Lorius : « Je voudrais dire un mot sur cette affaire. Je crois qu'il ne faut pas confondre l'Arctique et l'Antarctique. Ce qui a fondu il y a 15000 ans, ce sont les calottes qui recouvraient les continents de l'hémisphère nord. Il y avait à cette époque-là beaucoup plus de glace dans l'hémisphère nord qu'il y en a actuellement dans l'Antarctique. Mais l'Antarctique n'a pas bougé, et c'est bien de l'Antarctique dont nous parlons ce soir. L'Antarctique est, je pense, relativement stable. » Joseph Pasteur : « Mais répondez à la question de Haroun Tazieff, est-ce que depuis la mise en place de la civilisation industrielle, entre guillemets, le risque n'est pas réel ? C'est ça, la question. »

« Le risque concerne aussi bien l'hémisphère nord que l'hémisphère sud »

Haroun Tazieff : « C'est ça, la question, oui, et en plus, le risque concerne aussi bien l'hémisphère nord que l'hémisphère sud. » Jacques-Yves Cousteau : « Mais écoutez mes amis, le risque ne vient pas tellement du CO2. On commence à me casser les oreilles avec cette histoire de CO2. Il y a des risques bien plus graves, qui sont les pluies de scories qui changent la teinte, la couleur de la glace. Ça, c'est beaucoup plus grave, parce que ça permet à la glace d'absorber la chaleur et de fondre. » Joseph Pasteur : « Qu'est-ce que c'est que ces scories, et d'où viennent-elles ? » Jacques-Yves Cousteau : « Mais de l'industrie, justement, mais ce sont des impuretés qui n'ont rien à voir avec le CO2. » Roger Brenot : « Mais nous parlons de l'Antarctique. » Jacques-Yves Cousteau : « L'Antarctique, le jour où on fera des mines de charbon et où on fera des forages pétroliers avec les mêmes succès qu'au Mexique, en Antarctique, alors on verra ce qu'on verra. » Roger Brenot : « Oui, parce que le plus grand danger, il n'y a pas de doute aujourd'hui, c'est les forages offshore. Ça, c'est évidemment ce qu'il y a de plus grand au point de vue danger d'une façon générale. Mais on n'en est pas encore là dans l'Antarctique. »


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