ENVIRONNEMENT

Publié le 08 novembre 2022

Crédit vidéo : France TV

Source : https://france.tv/

Total, pas 1 centime de surprofits en France ? Les réponses de Macron, interviewé par la jeunesse sur la répartition des richesses

Emmanuel Macron était l'invité de Nathan Méténier pour un entretien diffusé sur Brut ce lundi 7 novembre 2022.


“ Total ne fait pas 1 centime de surprofits en France. ”

Nathan Méténier : « Quelque chose qui m'a profondément marqué dans ces deux dernières années, et notamment en tant que jeune conseiller, c'est que nous sommes sortis de la crise du covid et les dix hommes les plus riches de la planète ont doublé leur fortune. On parle aujourd'hui de la plus grande crise énergétique de tous les temps, mais on ne va pas se mentir, ce n'est pas du tout une crise énergétique, c'est une crise des énergies fossiles, c'est une crise d'une énergie qui est dominée par des entreprises qui utilisent absolument tous les moyens pour rester en vie. En tant que population, vous savez à quel point, tous, on galère avec cette inflation, peu importe où on se place. Et vous n'êtes pas un milliardaire, vos ministres ne sont pas des milliardaires. Donc pourquoi on ne se met pas tous ensemble pour demander que, à la fois la richesse individuelle, de cette manière, ne soit pas permise, mais aussi que ces entreprises des énergies fossiles ne puissent pas se retrouver dans des situations où elles se permettent d'obtenir autant de profits ? Et pour moi, honnêtement, après toutes ces années, c'est vraiment ça, le sujet. Le sujet, il est là, il est sur la taxation, il l'est sur la redistribution, et je n'arrive pas, après avoir rencontré tant de leaders pendant ces années, incluant vous, pourquoi à un moment donné, vous ne vous mettez pas autour de la table la semaine prochaine, au G20, et vous décidez de cesser ça et de redistribuer cet argent. Je ne comprends pas comment ça, ça peut-être un argument radical. Voilà. » Emmanuel Macron : « Moi, je partage totalement la description que vous avez faite. Après, j'essaie, de manière pratique, de regarder les choses. Moi, je me suis battu pendant quatre ans pour mettre en place une taxation internationale. Parce que, quand on prend les grands groupes qui sont les nôtres, vous avez cité Total, prenons Total. Total ne fait pas 1 centime de surprofits en France. »


“ Il y en a beaucoup qui veulent se carapater au bénéfice du conflit. ”

Emmanuel Macron : « Tout le surprofit qu'il a est à l'international, parce qu'il le fait plutôt qu'une entreprise chinoise ou américaine. Si je décide tout seul en franco-français de l'augmenter fiscalement, qu'est-ce qu'il fera à la seconde ? Il va à côté : en Belgique, au UK, peut-être en Arabie saoudite même. Et il fera comme son copain Aramco, 10 fois plus. Et ce n'est pas une seule seconde notre intérêt de faire ça. Ce serait absurde et je ne règle rien du problème. Donc le vrai sujet face à ces entreprises, c'est d'abord le mécanisme qu'on a mis en place en Européen, et c'est ce qu'on a poussé à l'OCDE, ce qui est une taxation internationale, qui est de dire : il n'y a pas une entreprise qui peut payer zéro. Et donc c'est ce qu'on a mis en place à l'OCDE, qu'on va développer maintenant. Et ça, c'est quand même un boulot qu'on a beaucoup porté, nous Français, et on avait beaucoup de gens contre nous. Donc ça, c'est le premier point sur l'inégalité, les grosses boites, et ce système qui est absurde, dont j'espère que l'on va pouvoir sortir, mais il ne faut pas lâcher cet agenda et il y en a beaucoup qui veulent se carapater au bénéfice du conflit et nous lâcher. Nous, on veut aller au bout, mais ça ne marche que si tout le monde tient. Parce que sinon il y a des points d'évasion et en fait, ça ne sert à rien, on se fait plaisir à nous, mais les mecs vont polluer et trouver des paradis fiscaux ailleurs. Deuxième sujet, moi je suis comme vous, je n'aime pas les énergies fossiles. Simplement je regarde, on dépend à mort des énergies fossiles. Vous, moi, nous tous. Et en particulier du pétrole et de l'essence. Et c'est pas vrai qu'on va en sortir en six mois. Et donc qu'est ce qui est insupportable ? C'est que vous avez une rente de situation, mais ce n'est pas parce qu'on va les augmenter, et le sujet n'est même plus un sujet d'entreprise, c'est un sujet d'État. Donc le problème, c'est comment on arrive à ce que les États qui produisent ces hydrocarbures ne fassent pas de surprofits dans la période ? Vous m'avez entendu le dire et je le dis y compris auprès des copains : aujourd'hui, qui fait beaucoup de surprofits ? »


“ Vous ne les réglez qu'avec un système de coopération internationale qui change le capitalisme. ”

Emmanuel Macron : « La Norvège, les États-Unis parce qu'ils produisent beaucoup de gaz, les pays du Golfe parce qu'ils produisent beaucoup de pétrole. C'est une question d'organisation internationale d'avoir un club d'acheteurs pour faire baisser les prix. Mais en fait, on est toujours pris dans ces dilemmes. C'est pour ça que dans tous les débats que vous avez entre Européens ou autre, le dilemme, c'est que nous dépendons. Nous dépendons. Alors on est peut-être très riches, très fort, mais on dépend. Et donc, nous on a beaucoup poussé avec les Italiens en Européens pour dire : on veut mettre un prix plafond. Moi, j'en ai ras-le-bol de dépenser autant. Mais d'autres pays en Europe ont dit : " Nous, on ne veut pas mettre un prix plafond, parce qu'on veut sécuriser nos volumes. Parce que si on met un prix plafond, ils iront envoyer leur gaz ou leurs fossiles en Asie ou ailleurs qui accepteront de payer plus cher. " Et donc aussi longtemps que vous dépendez de quelque chose que vous ne produisez pas, eh bien, vous vous exposez à des situations de rentes injustifiées, insupportables, qui créent des inégalités. Et donc, mon premier point, c'est les inégalités à l'égard des entreprises. Vous ne les réglez qu'avec un système de coopération internationale qui change le capitalisme, c'est la taxe minimale. Pas à l'échelle d'un État, ce n'est pas vrai. Et donc ça, c'est ce qu'on a poussé, qu'on a obtenu sur le principe. Maintenant, il faut accélérer sa mise en œuvre. La deuxième chose : la rente de situations des États qui produisent des hydrocarbures, vous n'en sortez que si vous accélérez la sortie rapide des hydrocarbures, en tout cas, si vous réduisez votre dépendance. Et c'est exactement l'agenda qu'on porte autour de trois piliers : sobriété, accélération du renouvelable et nucléaire. Et on ne passe que dans les trois. On ne sait pas faire la sortie de la dépendance au fossile si on n'a qu'un de ces piliers, ce n'est pas vrai. Le tout renouvelable, ça ne marche pas. Le tout sobriété, ça tue la croissance et la création d'emplois. Et le tout nucléaire, ça ne marche pas non plus davantage. C'est les trois, ensemble. »


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