POLITIQUE

Publié le 21 juillet 2021

Crédit vidéo : RT France

Source : https://francais.rt.com/

Pégasus: Vers un espionnage de masse ?

La journaliste Katia Pecnik nous explique comment certains pays font de l'espionnage grâce à Pégasus. Extrait du journal de RT France diffusé ce mardi 20 juillet 2021.

«Un logiciel espion mis au point par NSO Group»

Katia Pecnik: «Depuis 2016, 50.000 personnes influentes à travers le monde seraient les cibles potentielles d'espionnage via leur smartphone. Les victimes seraient des politiques, des avocats, des patrons, des militants des droits de l'homme, des journalistes. Voici la révélation choc d'une enquête conjointe de 17 médias internationaux, basée sur une liste fuitée obtenue par Forbidden Stories et Amnesty International. Les pays commanditaires sont au moins au nombre de dix. Des Etats dont le pouvoir est décrit comme autoritaire. Pour espionner leurs cibles, ces nations ont eu recours à Pégasus, un logiciel espion mis au point par NSO Group, une société de surveillance israélienne. Cet outil très efficace s'infiltre dans les smartphones par des failles dans les systèmes d'exploitation iOS ou Android. Et de là, il récupère tout: photos, contacts, conversations téléphoniques, emails, SMS, messages cryptés, y compris WhatsApp, Signal ou Telegram. Et rendez-vous compte, la France n'a pas été épargnée par ce Big Brother très sournois. L'Hexagone n'est pas client de NSO, mais quelques journalistes français, dont Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart, ont été surveillés.»

«37 d'entre eux portent les traces de l'infection par Pégasus»

Lenaïg Bredoux (Journaliste): «Le consortium Forbidden Stories nous a avertis, voilà plusieurs semaines que Edwy Plenel, directeur de Mediapart, et moi même avions été cibléspar le logiciel Pégasus de la société israélienne NSO, pour le compte de services marocains.» Katia Pecnik: «Edwy Plenel avait en effet affiché sa solidarité avec le mouvement populaire du Rif. 10.000 personnes en tout auraient été les cibles de cet espionnage au Maroc, dont de nombreux journalistes d'opposition. Médiapart a porté plainte. Les médias enquêteurs, sur 180 confrères de la liste, ont analysé 67 téléphones de journalistes. 37 d'entre eux portent les traces de l'infection par Pégasus. Certains journalistes espionnés se sont fait emprisonner, passer à tabac, prendre dans des poursuites judiciaires aberrantes, ou ont dû fuir leur pays. NSO group vend ses logiciels aux services de renseignement, de justice et aux départements militaires de 40 Etats. L'entreprise de surveillance dit veiller à tout usage détourné de ses services, mais elle se dégage de toute responsabilité concernant l'usage et les données. Dans un communiqué, NSO a dénoncé des "accusations fausses et allégations trompeuses". NSO prétend lutter exclusivement contre la sécurité des pays. et se targue même d'œuvrer pour la sûreté publique.»

«Du côté de la France, la réaction du porte-parole du gouvernement reste d'une mollesse absolue»

Shalev Hulio (Co-fondateur de NSO): «En toute modestie, je peux dire que des milliers de personnes doivent leur vie à nos employés.» Katia Pecnik: «Tiens donc! E pourtant, les traces détectées sur les téléphones analysés correspondent avec les dates entrées sur la liste fuitée. Et les médias soulignent depuis plusieurs années l'abus continuel de cette entreprise. Amnesty International, deux Émirati espionnés et même la messagerie WhatsApp ont lancé une procédure contre l'entreprise israélienne. Le Rwanda, le Maroc, l'Inde et la Hongrie ont nié avoir eu recours à Pégasus pour surveiller les noms présents sur la liste. Les autres pays n'ont pas commenté. Mais les réactions ont fleuri. L'ONU, via un communiqué, a annoncé souhaiter "une meilleure régulation des technologies de surveillance". Du côté de la France, la réaction du porte-parole du gouvernement reste d'une mollesse absolue.» Gabriel Attal: «Ces faits sont extrêmement choquants. Des faits qui, s'ils sont avérés, sont extrêmement graves. Il va y avoir évidemment des enquêtes, des éclaircissements demandés.» Katia Pecnik: «Et de nouvelles révélations seront faites ces prochains jours. Avec l'espoir que ces techniques de cyber-espionnage, qui prolifèrent aujourd'hui aux côtés de NSO, soient encadrées avant que nous ne soyons tous espionnés et réduits au silence.»



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