SANTÉ

Publié le 13 février 2021

Crédit vidéo : TMC

Source : https://tf1.fr/tmc

«J'ai envie de mourir» le récit bouleversant d'une petite fille souffrant des mesures sanitaires

Un reportage édifiant réalisé par les équipes de l'émission «Quotidien» diffusé ce jeudi 11 février 2021 sur TMC.

«Les demandes d'admission explosent dans les hôpitaux pédopsychiatriques»

Sophie Dupont (Journaliste): «On a déjà beaucoup parlé, dans l'émission, de la détresse des lycéens, des étudiants, mais il y a une parole beaucoup plus rare et encore plus inquiétante, celle des enfants. Aucun chiffre officiel n'existe, mais ce qui est sûr, c'est que depuis l'arrivée du Covid, les demandes d'admission explosent dans les hôpitaux pédopsychiatriques. Résultat les spécialistes se retrouvent aujourd'hui face à ce qu'ils appellent la troisième vague psychique. Pour la première fois, le plus grand service de pédopsychiatrie de Paris a accepté d'accueillir une caméra. Direction donc la Pitié-Salpêtrière avec Pierre Caillet, Julien Sultan et William Thorp. On a suivi le docteur Paloma Torrès, 28 ans, elle est la responsable de l'unité des 6-12 ans.» Paloma Torrès (Docteur): «L'Unité commence ici. C'est une unité qui est fermée.» Sophie Dupont: «Il est marqué :" Attention, risque de fugue important ".» Paloma Torrès: «Voilà, c'est ça. Parce qu'effectivement, on prend en charge du coup des jeunes enfants entre 6 et 12 ans et qui peuvent présenter des troubles du comportement et donc un risque de fugue. C'est pour ça que l'unité est fermée pour pouvoir les protéger. Il y a beaucoup d'enfants qui vont présenter davantage de dépressions et de troubles anxieux avec des patients qui pouvaient présenter aussi des idées suicidaires.» Sophie Dupont: «Dès 6 ans, on peut avoir des pensées suicidaires.» Paloma Torrès: «Oui, ça peut arriver.»

«Je fais une dépression et je suis triste et ça me donne envie de mourir»

Sophie Dupont: «Et c'est justement ce qui est arrivé à Emma. Elle a 11 ans. Bonjour !, ça va ?» Emma (Enfant de 11 ans): «Pas trop.» Sophie Dupont: «Pas trop ? Pourquoi ça ne va pas ?» Emma: «Je suis un peu triste.» Sophie Dupont: «Pourquoi tu es triste ?» Emma: «Je ne sais pas.» Sophie Dupont: «Depuis le 2 octobre, Emma est hospitalisée dans cette unité psychiatrique, pour elle, c'est une première.» Emma: «Les gens, ils pensent que l'on est des fous parce que dedans, psychiatrie, pédopsychiatrique alors qu'on n'est pas des fous, on est des gens normaux, avec une difficulté, à un moment de notre vie.» Sophie Dupont: «Alors toi, c'est quoi ta difficulté à ce moment de ta vie, ici ? Tu peux nous raconter ?» Emma: «Je fais une dépression et je suis triste et ça me donne envie de mourir.» Sophie Dupont: «Pour Emma, tout a commencé au moment du premier confinement.» Emma: «Au début, je me disais chouette, je vais pouvoir passer du temps avec papa et maman. Et puis, au bout de deux semaines, je me suis rendu compte que je n'aimais pas trop ça, que ce n'était pas ce que j'avais imaginé parce que j'étais toute seule la journée et mes parents, ils travaillaient. Mais j'ai peur que cela fasse de la peine à papa et maman.»

«J'ai commençé à me faire du mal»

Sophie Dupont: «Pour elle, le confinement signifiait : vacances, alors elle n'a pas compris quand elle a vu ses parents travailler tous les jours depuis la maison.» Emma: «Dès que l'on m'a demandé si je voulais retourner à l'école, j'ai tout de suite dit oui.» Sophie Dupont: «Mais quand Emma a pu y retourner, son état ne s'est pas amélioré.» Emma: «Je commençais à être triste et puis je ne voulais plus passer du temps avec les autres, et puis j'ai commencé à vouloir mourir et j'ai commençé à me faire du mal. J'ai commencé à voir une psychologue, et puis ma psychologue m'a conseillée d'aller à l'hôpital. Je suis venue ici et après, je ne suis pas allée très bien.» Sophie Dupont: «Emma est donc en pleine reconstruction aujourd'hui. Pour d'autres enfants, c'est la transition confinement-déconfinement qui a été à l'origine d'anxiété, de stress et de dépression. Résultat le service est aujourd'hui saturé. A l'heure où je vous parle, 27 enfants sont sur liste d'attente et des nouvelles demandes, le docteur Torrès continue à en recevoir.» Paloma Torrès: «Voilà, j'en ai deux. Donc voilà : " Merci de recevoir au plus vite l'hospitalisation. " donc là c'est une demande d'hospitalisation pour un enfant qui est passé aux urgences. Et donc une deuxième.» Sophie Dupont: «Et les deux, ils vous l'envoient en mode urgent ?» Paloma Torrès: «Oui. C'est comme ça tous les jours, quasiment. Des demandes d'hospitalisation d'enfants qui vont mal et qui, du coup, passent par les urgences.»

«On devait beaucoup se laver les mains au point de me faire saigner parfois»

Sophie Dupont: «Et parfois, il y a la bonne nouvelle, le départ d'un des enfants qui est guéri. C'est ce qui est arrivé à Thomas, 10 ans. Hier, après trois mois d'hospitalisation, il a enfin pu rentrer chez lui. Alors, toi, tu as tout préparé parce que, toit, tu t'en vas ?» Thomas (Enfant de 10 ans): «Oui, je m'en vais maintenant. J'ai passé 3 mois en difficulté à l'hôpital et je suis guéri maintenant. Du coup, les docteurs ont enfin décidé que je sorte et j'en suis très content.» Sophie Dupont: «C'est la première fois que tu te retrouvais dans une unité pour les enfants ?» Thomas: «Oui.» Sophie Dupont: «Est-ce que tu veux bien qu'on s'assoie pour que tu me racontes, juste avant que tu partes, comment ça s'est passé ?» Thomas: «Je suis arrivé en urgence au tout début, parce que j'étais très, très malade. J'avais des problèmes dans la tête, de troubles et aussi physiques.» Sophie Dupont: «La cause de ces troubles, ce sont tous les gestes barrières qui ont été imposés au retour de l'école.» Thomas: «On devait beaucoup se laver les mains au point de me faire saigner parfois. On devait manger dans notre classe, sur notre pupitre et on devait rester, presque tout le temps, dans des zones, dans la cour.» Sophie Dupont: «Conséquence Thomas a développé des TOC.» Thomas: «J'avais des troubles obsessionnels compulsifs. Je devais me laver beaucoup les mains, près de 150 fois par jour, ou 500 parfois.»

«Je pense que le Covid, c'est l'élément déclencheur de mes symptomes»

Sophie Dupont: «Pour lui, le coronavirus a été un catalyseur.» Thomas: «En fait la maladie, elle se construit petit-à-petit, jusqu'à ce qu'elle apparaisse et qu'elle se montre par des symptômes. Mais je pense que le Covid, c'est l'élément déclencheur de mes symptomes.» Sophie Dupont: «Qu'est-ce que tu as envie de dire aux enfants qui nous regardent et qui sont stressés, comme toi, tu l'étais, il y a quelques mois, à cause du coronavirus ?» Thomas: «J'ai envie de leur dire courage, ne lâchez rien! Et même si vos parents parfois vous grondent, c'est parce qu'ils ne le savent pas.» Sophie Dupont: «Là du coup, lundi, tu vas retourner à l'école, à ton école d'avant ?» Thomas: «Oui, j'en suis très content.» Sophie Dupont: «Tu n'es pas stressé ?» Thomas: «Du tout.» Sophie Dupont: «Alors, tout le service, suis, aujourd'hui, de très près l'évolution de l'épidémie. Ce qu'il redoute, ce n'est pas tant un nouveau confinement, mais c'est la fermeture des écoles si celle-ci devait arriver, ils savent que la suite sera très compliquée.»



Partager cette page