SANTÉ

Publié le 18 mai 2021

Crédit vidéo : France Télévisions

Source : https://www.france.tv/

La moitié des pharmacies transmettent vos données de santé à une entreprise américaine?

À l'occasion du magazine «Cash investigation» diffusé ce jeudi 20 mai 2020, la journaliste Elise Lucet s'entretenait avec Jean-Marc Aubert, président du plus gros data broker de données médicales au monde, au sujet de la collecte de données via notre carte vitale.

«On n'est pas forcément conscient du pillage que cela peut représenter»

Deborah Peel (Psychiatre): «Les Français devraient être très en colère! Personne ne veut que les informations sensibles sur son état de santé ou sur son état psychologique puissent être achetées par n'importe qui.» Vous n'allez pas le croire.... Votre carte vitales est peut-être un mouchard ! La moitié des pharmacies transmettent vos données de santé à une entreprise américaine de collecte de données... Antoine Prioux (Pharmacien): «Quand on n'est pas conscient de la valeur de la donnée, on n'est pas forcément conscient du pillage que cela peut représenter.» Et pourtant, la CNIL permet la transmission de ces données depuis fin 2018. Elle autorise les pharmaciens à collecter les données suivantes: le numéro de sécurité sociale, l'année de naissance, le prénom, le sexe ainsi que les données dites "de délivrance", c'est-à-dire tous les médicaments achetés pour les transmettre à une société américaine IQVIA, un nom inconnu en France. Et pourtant, c'est le plus gros data broker de données médicales au monde.

«Pendant des années, Olivier Prioux et son fils Antoine, ont transmis les données santé de leurs clients à IQVIA»

Antoine Prioux (Pharmacien): «Ils nous permettent d'accéder à ces données-là qu'ils font remonter pour nous permettre de piloter la stratégie de notre entreprise.» Pendant des années, Olivier Prioux et son fils Antoine, ont transmis les données santé de leurs clients à IQVIA. Antoine Prioux (Pharmacien): «On ne voit pas forcément ensuite que ces données-là peuvent être aussi utilisées, analysées et revendues à d'autres interlocuteurs. C'est-à-dire que l'on n'est pas dans une pleine conscience du consentement qu'on donne.» Si les pharmaciens ne savent pas à quoi vont servir ces données, qu'en est-il de leurs clients ? Dans l'autorisation délivrée par la CNIL, il est inscrit que les pharmaciens sont tenus "d'informer individuellement leurs clients". Et que chaque client a même le droit de s'opposer "à la collecte de ses données".

«On parle quand même de données médicales, de données sensibles et donc elles ont toujours été sur un régime spécifique»

Antoine Prioux (Pharmacien): «Dans les faits, c'est inapplicable un truc pareil. Un pharmacien ou un préparateur ne prendra jamais cinq à dix minutes pour expliquer aux gens ce qui est fait des données qui remontent des logiciels. C'est inapplicable, ce n'est pas fait. Et encore faut-il qu'ils le sachent.» Philippe Besset est le président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France. Son rôle: inciter les pharmaciens à respecter la loi. Une journaliste: «Toutes ces pharmacies, donc là, il y en a 200, on a vu aucune affichette, aucune notice...» Philippe Besset: «Ce n'est pas bien. Ce n'est pas bien...» Une journaliste: «Vous devez mettre une affichette IQVIA.» Philippe Besset: «Pourquoi IQVIA ?» Une journaliste: «Pour donner la finalité du traitement...» Philippe Besset: «Je vérifierai. Je ne suis pas préparé à votre question. Bon, voilà.» Une journaliste: «Là, on parle quand même de données médicales, de données sensibles et donc elles ont toujours été sur un régime spécifique qui est quand même l'information des patients.» Philippe Besset: «Oui, c'est tout à fait exact.»

«Quand on est allé visiter les pharmacies, il y avait zéro affichette et zéro information patient»

Élise Lucet: «Pendant notre enquête, on a aussi découvert qu'une majorité des pharmaciens n'informe pas les patients sur le fait que leurs données de santé vous sont transmises. Qu'est ce que vous en pensez?» Jean-Marc Aubert (Président de IQVIA France): «Ecoutez, je trouve cela un peu dommage.» Élise Lucet: «C'est seulement "un peu dommage" ?» Jean-Marc Aubert: «Non, c'est dommage si vous voulez que je vous le dise comme ça.» Élise Lucet: «Je vous dis ça parce que c'est une obligation légale. C'est pour ça que je vous dis "un peu dommage", c'est une obligation légale...» Jean-Marc Aubert: «Nous remplissons notre obligation légale et nous avons un contrat avec les pharmaciens qui stipule que le pharmacien s'engage à informer le patient.» Élise Lucet: «Nous en tout cas, cet été, quand on est allé visiter les pharmacies, il y avait zéro affichette. Il y avait zéro information patient.» Jean-Marc Aubert: «Ecoutez. C'est gênant. Je vais être très clair: nous voulons que les patients soient informés et j'espère qu'avec ces efforts d'information que nous faisons, nous allons réussir à mieux les informer.»



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