SANTÉ

Publié le 13 décembre 2020

Crédit vidéo : LCI

Source : https://www.lci.fr/

LCI nous explique que «l'épidémie a probablement reculé avant le couvre-feu et le confinement»

Le professeur Éric Caumes était l'invité de David Pujadas dans l'émission «24H Pujadas» ce mercredi 18 novembre 2020 sur LCI.

Une baisse fulgurante ?

David Pujadas: «La vitesse du reflux de décontamination et même des hospitalisations?» Fanny Weil: «Oui, une baisse fulgurante. On est très loin des 9000 patients en réanimation évoqués par Emmanuel Macron il y a trois semaines. Elle est tellement fulgurante, cette baisse, qu'elle déjoue même regardez les pronostics les plus optimistes.» David Pujadas: «N'est-ce pas dû précisément au reconfinement ?»

«Les contaminations ont là aussi baissé dès la fin du mois d'octobre»

Fanny Weil: «C'est évidemment la première idée, la première piste qui vient à l'esprit et ça a sûrement joué. Mais regardez, reprenons le nombre de contaminations quotidiennes : le pic a été atteint le 2 novembre, soit le quatrième jour seulement du confinement. C'est beaucoup trop court pour que cette baisse soit directement liée au confinement. Cette hypothèse ne tient donc pas. Alors, quid du couvre-feu, c'est la deuxième hypothèse parce que dans certaines métropoles, il a eu un réel effet, exemple à Paris, la baisse a commencé le 27 octobre, dix jours après le début du couvre-feu. Mais ça marche aussi pour Lille ou pour Saint-Etienne. Sauf que dans certaines métropoles, qui pourtant, ont échappé au couvre-feu, les contaminations ont là aussi baissé dès la fin du mois d'octobre. Donc, là non plus, l'hypothèse du couvre-feu ne tient pas complètement. Enfin, pour rajouter du mystère au mystère, si on s'en réfère à l'analyse des eaux usées, l'eau qui sort de nos toilettes dans laquelles on détecte le virus très tôt, avant même l'apparition des symptômes, et bien la baisse en Ile-de-France s'amorce dès le 17 octobre, premier jour du couvre-feu. Donc, là encore, ça laisse penser que ce recul de l'épidémie était déjà amorcé avant l'entrée en vigueur du couvre-feu. On avance aussi l'hypothèse d'un radoucissement des températures depuis la mi-octobre et les vacances scolaires mais ça ne convainc pas grand monde. Et puis, il y a une quatrième hypothèse : selon les experts, ce serait tout simplement l'évolution naturelle, le cycle de vie du virus et ça semble se vérifier chez nos voisins européens, puisque la baisse qu'on a observée en France s'est produite au même moment en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg.»

«Ça s'appelle les vacances scolaires»

David Pujadas: «Alors, j'interromps une première fois parce que là vraiment, professeur Caumes, on a besoin de vos lumières. Il faut accepter l'idée qu'on ne peut pas tout expliquer ? Ou vous pensez qu'il y a une évolution naturelle du virus ? Ou peut-être que les températures, les vacances scolaires, ça peut jouer à ce point là ?» Professeur Caumes: «Je pense que ce sont les vacances scolaires, clairement. Parce qu'en fait, quand on compare les villes avec couvre-feu et les villes sans couvre-feu, ça a réduit de la même manière. Donc quel est le point commun entre les deux ? Et bien ça s'appelle les vacances scolaires. Je pense donc que ce sont les vacances scolaires, dont on connaît l'efficacité, je vous rappelle qu'il y a des pays où la première mesure que l'on prend c'est de fermer les lycées, les collèges et les universités. Ben là, on a la confirmation, pour moi. Je sais que l'on ne veut pas le reconnaître donc on ne le reconnaît pas, ce n'est pas grave, mais en tout cas, moi, je ne vois pas d'autre explication.» David Pujadas: «Mais dans ces cas là, ça n'aurait pas repris au moment de la reprise des cours ?» Professeur Caumes: «Là, on est en plein confinement, donc ça va être un peu difficile pour que ça reprenne. Mais on va voir parce qu'on n'est pas arrivé encore à la bonne date pour mesurer l'effet du confinement. Puisque là on y arrive tout juste, on va pouvoir en mesurer les effets quasiment à partir de ce soir ou demain soir.»

«L'idée d'une évolution naturelle du virus»

David Pujadas: «L'idée d'une évolution naturelle du virus, ça vous paraît fantaisiste à ce stade ?» Professeur Caumes: «Je pense que ça a joué dans le sens que la fameuse immunité collective qui, évidemment n'atteint pas des chiffres extraordinaires, mais qui atteint quand même un certain seuil dans certains endroits, les endroits les plus impactés lors de la première vague : la Seine-Saint-Denis par exemple, Bergame en Italie, dans ces endroits-là l'immunité collective a contribué à ralentir l'épidémie. Donc, quand vous combinez tout ça, effectivement, vous arrivez à ce résultat.»



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